Etats-Unis, Voyager en train

10 000 km en train

10 000 km en train avec Amtrak (et un peu ViaRail). Ca donne quoi ?

Cela me fait bizarre de mettre un nombre sur l’inquantifiable, c’est à dire des dizaines et des dizaines d’heures passées dans les Superliner d’Amtrak, et autant de dizaines de souvenirs impérissables.

Voyager en train, c’est différent. On ne se rend pas d’un point A à un point B, le trajet lui-même est un voyage.

A l’extérieur

On a les yeux rivés à la fenêtre. La transition est lente. On passe des plaines de champs de blé aux prairies désertes. Puis arrivent les roches rouges et la sécheresse. Les genévriers remplacent les sapins des Rocheuses. En seulement quelques dizaines d’heures, j’ai l’impression d’avoir vu le monde. Les paysages s’enchaînent et aucun ne se ressemblent. Les petites villes en bord de voie peuvent s’estimer heureuses que le train s’arrête, car il n’y pas grand chose ni personne d’autre qui le fait.

train-dehors

Aux Etats-Unis, Amtrak est lent. Il n’y a pas de TGV, et si c’est un désastre pour le service aux habitants, c’est un grand bonheur pour les voyageurs. Parfois, le train s’arrête pour de plus longues pauses techniques, pour une petite heure, parfois deux. C’est le moment idéal pour mettre un pied sur la voie, sans trop s’éloigner cependant. A chaque fois, je suis surprise par la chaleur à l’extérieur. J’avais oublié que j’étais déjà dans le désert, ou que je suis au beau milieu de Houston dont la moiteur me surprend. Finalement, même si l’on voit tout depuis la fenêtre, on est coupés des odeurs et des climats, de la pluie, du vent ou du soleil accablant. Lorsque l’on est dans le wagon, c’est une parenthèse hors du temps.

Les forêts pluviales, les montagnes, les déserts, les villes industrielles, les Océans, les bayous, les petites villes moribondes, les skylines nocturnes des plus belles villes américaines, les couchers de soleil, les plaines sans fin… Tout ça, je l’ai vu depuis le train, le nez collé à la fenêtre. Je ne suis que passagère de ces moments, et je n’ai pourtant jamais eu l’impression d’être aussi vivante, aussi connectée avec moi-même.

A l’intérieur

Puis la nuit tombe. Dehors, il fait sombre, on n’y voit plus rien. C’est donc vers l’intérieur que je me replie et que je continue mon voyage. Les lumières du wagon deviennent tamisées. Les allées sont parfois éclairées par les écrans d’ordinateur de voyageurs cinéphiles, et je suis réveillée par un voyageur qui a besoin de se dégourdir les jambes, à 3 heures du matin. J’essaye toujours de veiller le plus longtemps possible, j’adore profiter de cette atmosphère calme et paisible.  C’est à l’intérieur du wagon que tout se passe. Les passagers se contorsionnent pour trouver la meilleure position pour trouver le sommeil. Les amoureux se rapprochent pour avoir plus chaud. Il y a toujours des ronflottements, des chuchotements et quelques bruits de page qui se tournent…

Je songe à ma vie, je me demande si j’en suis satisfaite. J’écoute mes chansons préférées.

train-nuit

Parfois, je jette un regard à l’extérieur, surtout s’il y a une lune ou si une lumière capte mon regard.

Puis le matin arrive, les agents Amtrak réveillent leur petit monde, le bar ouvre à nouveau, les passagers qui sont du matin recommencent à parler. C’est toujours l’occasion pour moi d’aller faire connaissance avec d’autres voyageurs. Personnes âgées, étudiants, punks, mormons, amishes, voyageurs chinois, britanniques ou locaux, familles avec enfants, junkies, j’ai tout vu. Tous les parcours, toutes les vies possibles et inimaginables s’entassent dans ce train. Nous n’avons rien en commun, si ce n’est le fait de partager ces quelques heures ensemble. J’engage la discussion avec mes voisins de wagon en buvant mon Pepsi au sirop de glucose.

Le wagon panoramique se remplit, le spectacle recommence. Toutes les attentions se tournent à nouveau vers l’extérieur.

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6 Commentaires

  • Envoyer mzelle fraise 7 avril 2015 at 15:35

    Ah ça c’est vraiment un truc que j’aimerais faire le voyage en train ! Aux US ou ailleurs, mais en tout cas sur une longue distance :)

    • Envoyer isa 8 avril 2015 at 08:50

      Je t’y encourage ! :D
      Bon, après, je le ferais pas dans tous les pays, même en coach, j’avoue qu’il faut que le train ait un minimum de confort. :) Mon prochain objectif c’est de le faire en Allemagne !

  • Envoyer Zhu 8 avril 2015 at 03:00

    C’est un peu un cocon, en fait, le train. Tu es bien à l’abri. en paix, et tu regardes le monde. Vu comme ça, c’est attrayant et sympa :-)

    • Envoyer Isa 8 avril 2015 at 08:23

      Ça l’est… L’impression d’être spectateur puis acteur, à tour de rôle… En tout cas c’est un vrai moment de paix !

  • Envoyer Cyn-travels 25 mai 2015 at 08:46

    je suis fan des voyages en train !! celui la fait rêver !

  • Envoyer Boston-New York en train ! | Le blog USA de Mathilde 17 février 2016 at 04:01

    […] celui de Samantha qui a fait un Montréal-New York en automne, et celui d’Isa qui a fait 10 000 km en train aux Etats-Unis […]

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