Concerts/Musique

Arcade Fire – The Suburbs

Mon blog n’est pas du tout un blog musical, où je passe mon temps à écouter des groupes obscures et à en faire des reviews tout aussi obscures (enfin si, je fais le premier, mais pas le deuxième). Cependant, certains d’entre vous ont du avoir la perspicacité nécessaire pour comprendre qu’il y avait des groupes qui avaient une importance toute particulière dans ma vie. Parce qu’après tout, la musique compte autant pour moi que les voyages, et nous les associons toujours, que ce soit pour passer un beau week-end concert quelque part en Europe, ou pour écouter des compilations dans la voiture pendant un road-trip, ou encore pour regarder les nuages à travers le hublot, les écouteurs dans les oreilles. Pour moi, les deux sont totalement indissociables, et même si depuis quelques mois je vous raconte un petit peu mes concerts, cette fois-ci est exceptionnelle, je le promets. Aujourd’hui a « leaké » le petit nouveau d’Arcade Fire, sobrement nommé The Suburbs. Après avoir été pleine de bonne volonté, je n’ai pas pu résister à l’envie de l’écouter, même si le rip n’est évidemment pas d’une qualité exceptionnelle. Il faudra de toute façon que j’attente d’être rentrée à Lyon et de pouvoir le poser sur ma platine pour en entendre toutes les subtilités et toute la beauté…

J’ai déjà écrit à propos de ce groupe, ici, par exemple, pour présenter un petit peu pourquoi il est uniqueaujourd’hui dans le monde de la musique indépendante. Je rajoute « indépendante » car jusqu’à maintenant, Arcade Fire n’étaient pas excessivement médiatisés, et ne passaient que sur certaines radios étrangères, toujours orientées rock indé. Mais… les petits sont devenus grands.

Je n’ai toujours pas compris comment Neon Bible, leur second album, a pu plaire autant au public. Bien-sûr, il faut relativiser : ce qui est énorme dans le monde de la musique indépendante est tout petit à côté de groupes que l’on qualifie de relève des « anciens » comme U2 et les Stones. Je pense à Coldplay (non sans réprimer quelques petites moqueries) ou autres groupes que je n’apprécie pas particulièrement mais qui ont su trouvé leur « grand public » comme Muse ou même des plus petits comme Kasabian, Kings of Leon ou Editors…

Arcade Fire est un groupe qui veut dire énormément pour moi : ce sont un peu mes mentors, ceux qui m’ont fait découvrir ce que la musique avait encore a offrir de grand, ils m’ont ouvert une porte vers quelque chose qui est devenu ma passion. Comme avait pu le faire U2 une bonne dizaine d’années auparavant, lorsque ces derniers m’avaient ouvert le cœur à la musique rock.  Ces deux évènements ont eu une grande influence sur moi, et sur qui je suis aujourd’hui, c’est sans doute pompeux de dire ça, mais j’ai grandi avec U2 et j’ai bien vieilli avec Arcade Fire. J’ai beau n’être que dans ma vingtaine, vous savez tous que j’ai toujours été une vieille conne. J’ai l’impression qu’ils ont grandi eux aussi, maintenant.

Il m’est difficile de vous décrire pourquoi Arcade Fire se démarque de tous ces groupes, et sans parler forcément de popularité. Je pense que ces 7 là proposent quelque chose d’inédit, « d’anti-FM ». Ils sont aussi très intelligents. C’est un peu des universitaires rock-star sans doute pompeusement intellos, en tout cas c’est comme ça que les non-initiés peuvent les voir sur scène. Il me semble que Win Butler a un diplôme de théologie. Sa femme, Régine Chassagne, jouait de la musique médiévale (et oui, c’est de là que vient la vieile à roue!). Je ne les qualifierai pas de hipster car ils sont même en marge de la mode. A Montréal, je vois des dizaines de gens dans le Mile End, habillés comme ils l’étaient il y a 3 ans pendant la sortie de Neon Bible. Je ne sais pas non plus si c’est eux qui font la mode, puisqu’ils me semblent tellement loin de tout ça, même pas dans une tendance, et pas en marge non plus, je dirai qu’ils sont en dessus de tout ça, qu’ils ont d’autres préoccupations et ne se rendent même pas compte de ce qu’ils peuvent inspirer et de la portée de ce qu’ils créent.
Cependant… il y a une chose qui est sûre, c’est que dans The Suburbs, ils sont très très confiants, ont vraiment conscience que ce qu’ils ont écrit est vraiment spécial.

Comme d’habitude dans le milieu de la musique indépendance, on fustige tout ce qui devient grand, les groupes qui vendent à présent plus de 3 albums, et je pensais que ça allait être aussi le cas d’Arcade Fire. Moi la première, je ne nie pas être égoïste et avoir envie de les garder pour moi toute seule. Je ne les connais peut-être pas depuis le tout début, mais ils me suivent dans ma vie depuis 5 ans, et j’ai nettement pu voir la différence. Des petites salles comme le Nouveau Casino en 2005, on va maintenant passer au Zénith en 2010 (ça c’est une devinette de ma part, mais étant donné que le groupe, épuisé par cette interminable tournée du Neon Bible, a déclaré qu’ils allaient faire peu de dates mais dans de grandes salles… je pense qu’on ne va pas y échapper).

Cependant… il y a quelque chose d’étrange et de paradoxal : les critiques sont dithyrambiques pour ce dernier album (et l’ont toujours plus ou moins été), le public suit quand-même puisqu’ils ont vendu des milliers d’album mais… s’ils continuent sur cette voie, je ne les vois pas aller plus haut encore dans la notoriété, comme Muse ou Coldplay, sus-cités, par exemple. Je me trompe peut-être mais j’ai l’impression que leur musique est d’un autre temps, trop dense, trop compliquée, et qu’elle passe très mal à la radio, bref, qu’elle ne peut pas vendre plus. Je me demande toujours comment ils vont remplir la Halle Tony Garnier en novembre (même si, à mon avis, elle sera en configuration minimale). Je pense qu’ils sont, avec The Suburbs, au sommet de leur notoriété.

Il est toujours spécial d’entendre un album avant sa sortie. Surtout cet album que j’attends depuis trois longues années. Je n’ai lu que très peu de revues de l’album, j’ai l’impression de l’écouter avec une oreille neuve, même si bien-sûr, nous faisons partie des privilégiés qui ont eu l’occasion d’entendre plusieurs fois les chansons sur scène. A ce moment là, je me disais que cet album allait « être quelque chose ». Puis j’avais été refroidie par l’écoute de la version studio de « Ready to Start », qui me semblait faible, étouffée… et c’est avec un soulagement énorme que je vous fais part de mes sentiments cette après-midi : le nouvel album d’Arcade Fire est incroyable. Je ne m’attendais pas à l’aimer, je voulais juste qu’ils me surprennent comme ils l’ont toujours fait en changeant toujours de ton. Et ils l’ont fait!

J’ai toujours été fascinée par le thème des banlieues, et c’est sûrement du à ma déformation professionnelle de géographe. Les banlieues américaines m’ont toujours intéressé particulièrement : cette zone intermédiaire, qui ne vit qu’après 18h, cette zone de flottement… Arcade Fire a particulièrement réussi à sentir l’essence des banlieues américaines, même s’ils l’ont bien-sûr expérimenté dans leur enfance et adolescence. L’album est très long et dure un peu plus d’une heure si mon lecteur ne me ment pas. Il est extrêmement dense, et c’est d’ailleurs le premier mot qui m’est venu à l’esprit. J’ai eu du mal à l’écouter d’une traite, j’avais déjà envie de l’arrêter à sa moitié pour le digérer. Quelques heures plus tard, j’en suis à la troisième écoute et j’ai toujours cette sensation, la sensation qu’il me faudra plusieurs mois voir plusieurs années pour vraiment découvrir les chansons dans leur intégralité et arriver à les dégager de cet ensemble très cohérent.

The Suburbs est, comme tous les précédents, un album très mélancolique, peut-être même un peu nostalgique, mais aussi avec un zeste d’amertume… Win Butler dit cependant qu’il est plus « universel » que le précédent et c’est bien vrai, même si je pense qu’il ne va jamais vraiment percer, il est trop étrange. Je ne suis pas devin : on verra

La chanson éponyme The Suburbs ouvre l’album, chanson que je viens enfin de découvrir, dans toutes ses subtilités (et surtout, à force de rabâchage, le falsetto de Win ne me dérange plus autant.) Le début de l’album est très calme, très « cosy », on ne s’attend pas à être trop bousculés… Patatra!
Prends ça! (dirait mon fidèle avocat Phoenix Wright! à noter que je ne pensais jamais citer Phoenix dans une revue d’album d’Arcade Fire)

Ready To Start, un bijou en live, ce genre de chansons qui te donne envie de jeter ton tee shirt sur la scène et de crier pour te libérer (enfin pour Win c’était plutôt un tabouret sur le roadie)  rend finalement aussi bien, est est parfaite en deuxième position, la pression commence à monter.

La tant attendue Modern Man prend la relève. J’avais adoré cette chanson, pour moi elle signifie la même chose que Keep the Car Running, j’ai la même émotion et les mêmes sensations quand je l’écoute. C’est à ce moment là qu’on se rend compte de l’incroyable bond qualitatif qu’ils ont encore fait : la batterie de Jeremy et ce rythme si étrange couplé au phrasé de Win me fait me poser beaucoup de questions. Sur comment c’est possible d’écrire des choses comme ça en ayant à peine 30 ans? J’ai l’impression qu’il y a toute une vie derrière cette chanson.

C’est parti pour Rococo, qui est pour moi le seul résidu de Neon Bible (et je ne boude pas mon plaisir). Ils ont un peu ressorti la grandiloquence des orgues mais ah, une grande nouveauté! Des synthés ringards! J’adore! Encore une chanson magnifiquement écrite, avec une montée en puissance comme ils savent si bien le faire. Une ligne de basse parfaite, un solo de guitare parfait, final parfait. Un hymne ! ROCOCOROCOCOROCOCO

Un solo de violon très excité coupe la fin « en fondu » de Rococo et annonce le début de Empty Room, qui avait été si ratée sur scène. Enfin! La belle voix de Régine fait son apparition et se marie avec celle de Win… On sent de plus en plus les relents des années 1970. J’avais très peur, à l’écoute des premiers singles, que le violon n’ai pas la place qu’il mérite sur l’album mais ouf, Sarah et Marika peuvent souffler et moi aussi : les sons étranges de la guitare de Richard se fondent avec le violon et les chœurs de Régine… J’ai un peu la sensation de ressentir l’ambiance de l’EP…

City with no children est vraiment un enchaînement étrange. Il m’évoque vraiment le Texas : bien joué… C’est fou de voir que des chansons plus différentes les unes que les autres peuvent former quelque chose d’aussi cohérent.


Half Light I me semble être une chanson de transition, mais qui ne manque pourtant pas de beauté, un beau violon et piano vient assoir le tout… C’est vraiment charmant. Je pense que c’est le mot. Ça me fait un peu penser à Besnard Lakes et à Miracle Fortress, d’ailleurs. C’est comme un petit susurrement à l’oreille…

Half Light II (No Celebration). J’adore le son très 80’s, le rythme de la boite automatique à la « L’homme qui valait trois milliards », le synthé kitsch, l’arrivée épique et de la guitare bien grasse. Je dois absolument prêter une oreille plus attentive à ces paroles là. Cette chanson là, en live, ça va être quelque chose. Typiquement le genre de chansons que l’on ne remarque pas à la première écoute mais qui vous saute à la tête à la troisième. Non, non, je ne parle pas pour moi! Arcade Fire est un groupe très sain, ils ne boivent pas (trop), ils ne fument pas… Mais… ce serait pas un « mushroom moment« , ça?

La première fois que j’avais entendu Suburban War, j’ai cru entendre beaucoup de Springsteen. Mais au final, il n’y a guère que le riff qui m’y fait penser. Encore une montée très intense, de très jolis chœurs (je soupçonne très fortement Richard d’y être pour quelque chose), de ceux qui te donnent des frissons tout le long de l’échine. Une chanson désespérée pour commencer, mais qui finalement s’ouvre sur quelque chose de plus positif. Putain ce que j’aime le Arcade Fire pompeux, où il y a ce genre de moments où tu sens que Win a envie de tuer tout le monde sur scène et est intense au point où il va se mettre à pleurer ou à sauter dans le public. On ne sait jamais ce qu’il va faire. C’est un peu ça, Suburban War. Quelles paroles…

Tout le monde a déjà entendu Month of May. Et tout le monde se demandait comment le morceau allait pouvoir prendre sa place dans cet album. Et même en l’entendant de mes propres oreilles je me demande encore comment c’est possible que c’est chose punky rentre aussi bien dans cet album, surtout après Suburban War. Je ne comprends toujours pas. Les morceaux précédents c’étaient la banlieue, Month of May c’est Montréal.

Wasted Hours et pour moi, pour l’instant, le ventre mou de l’album. Elle me fait un peu penser à du Bon Iver. Pour l’instant, je n’ai pas réussi à vraiment la comprendre et accrocher. Le bon point, c’est qu’elle fait vraiment redescendre la pression et propose quelque chose de plus tranquille. Tant mieux, pour mes nerfs et mon pauvre petit cœur. Une chanson à écouter tard la nuit et sur la route, j’imagine. Deep Blue est dans la même continuité. Sauf que cette fois-ci, on recommence à monter un petit peu… on perd petit à petit un peu de légèreté dans la chanson…

Il est difficile de décrire We used to Wait. J’ai pas envie de me casser la tête alors en un mot… hmmm… « putain ». Putain, ça vous va? Et pourtant c’est pas ma préférée de l’album mais je ne sais pas, je trouve qu’il se passe trop de choses dans cette composition pour pouvoir en tirer des propos cohérents.

Sprawl I (Flatland)… aaaaah… on reparle géographie, en plus… Cette chanson est vraiment difficile à appréhender… Les violons sont volatiles, très purs, très beaux… On n’entend que Win… On attend avec impatience que l’orage explose, mais ça ne vient toujours pas. Je me demande si Richard a enfin repris la contrebasse, d’ailleurs…

Sprawl II (Mountains beyond mountains). Vous connaissez Heart of Glass? Bah voilà, version 2010. MON DIEU! J’adore tellement Blondie… Régine s’éclate tellement… Les deux « Sprawls » ne font sens que lorsqu’elles sont collées. C’est tellement « dance »! On se demande aussi comment cette chanson peut rentrer aussi bien dans l’album… J’ai envie de faire une danse des canards sur les synthés ringards (remarquez cette rime de toute beauté).


The Suburbs (continued), reprise de la première, achève cet album… avec un thème digne des vieux films des années 50.

The Suburbs s’annonce être un album incroyable, un album très mûr… Je ne peux pas en tirer plus de conclusions pour l’instant. Quelles paroles, mon dieu, quelles paroles!
Bonne écoute à tous, le 2 août en Europe! Vivement que j’ai ce beau vynil entre mes mains…

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5 Commentaires

  • Envoyer Pauline 24 juillet 2010 at 11:33

    Cet article est très beau, on sent une sincérité incroyable.
    Et puis, mission réussie, parce qu'il donne envie de se jeter sur l'album !

  • Envoyer Isa 24 juillet 2010 at 14:48

    Oh merci, c'est adorable Pauline! :X
    Il sort bientôt, très bientôt! Je ne sais pas du tout si tu vas l'apprécier… J'ai hâte de savoir

  • Envoyer matt3802 24 juillet 2010 at 18:46

    Quelle superbe review, Isa !!

    Je suis d'accord, cet album semble tellement dense que je n'arrive pas à m'y accorcher d'un seul coup. Je crois qu'il va falloir une grande quantité d'écoutes avant de pouvoir commencer à ressentir tout ce qu'il a à nous dire.

    Par contre, pour Wasted Hours et Deep Blue, je trouve ces deux chansons vraiment géniales, un petit calme avant la tempete (We Used to Wait/Sprawl I et II sont dantesques…). Et le moment où Win n'est presque plus accompagné d'instruments dans Wasted Hours me fait vraiment pensé à Skinny Love de Bon Iver… Ca m'en donne des frissons.

    J'ai jamais été aussi étonné en écoutant un album ! Ils m'ont surpris sur ce coup, avec ces chansons si incroyablement maitrisés, comme d'habitude, mais avec un son que je n'avais jamais entendu avec Arcade Fire, les synthés comme tu le dis, le plus surprenant étant Sprawl II, et je dois prendre sur moi pour ne pas l'écouter non stop du matin jusqu'au soir…

  • Envoyer Inthesky 27 juillet 2010 at 15:18

    Bonjour

    Je tappe « critique Suburbs Arcade Fire » dans une requête et je tombe sur ton blog. Je ne t'ai pas « reconnu » au début mais ça y est je te situe maintenant (U2achtung).

    Ce groupe a quelque-chose, comme tu dis « ils sont au dessus de tout ça » ou du moins ils font très bien semblant!

    Plus intemporel que jamais, plus paradoxal que jamais, j'essaie de me tempérer quand j'écoute The Suburbs … comme toi je passe des pistes, je reviens en arrière, je détricote, analyse les song, me laisse transporter.

    Et puis cette enveloppe musicale nouvelle. On avait l'ambiance « enregistrement avec la fenêtre ouverte » sur Funeral … puis « un confinement dans une église perdue » et là « un son digne d'un vynil poussiéreux ».

    Je n'ai jamais eu les mots pour AF, je ne les aurai jamais.

    Inthesky (Johan)

  • Envoyer Isa 30 juillet 2010 at 17:14

    Matt : Je suis tout à fait d'accord pour la référence à Bon Iver, c'est vrai! Je commence à apprécier de plus en plus ces chansons, surtout Wasted Hours, Deep Blue je n'y arrive toujours pas… je suis vraiment contente que tu l'apprécies également… On se croise à Lyon? Premier rang? :p

    Johan : Effectivement c'est moi, le monde est petit! ;) Ca a été difficile pour moi au début de ne pas m'emballer, de rester tranquille, de me dire « calme toi, si tu aimes autant c'est parce que tu es en MANQUE »! Mais non, finalement. Tant mieux. Vivement le vinyl…

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