Ouest américain, Utah

Les petites villes de l’Utah

Généralement quand je parle de l’Utah aux gens, ils n’ont rien en tête, ils n’imaginent rien, ils ne visualisent pas du tout.

Je parle vaguement des canyons et là, je vois souvent leurs yeux s’illuminer (un peu !). On me parle régulièrement des mormons. En même temps, difficile d’imaginer l’Utah sans les mormons, d’ailleurs, l’Utah n’existerait tout bonnement pas.
C’est une des raisons pour laquelle je m’intéresse tant à l’histoire mormone : j’admire vraiment les colons de l’époque qui se sont établis ici, pour fuir les oppressions religieuses dont ils étaient l’objet. Ce qui m’intéresse surtout, c’est la façon dont ils ont réussi à dompter un pays aussi aride et aussi inhospitalier.

Des villes modérement accueillantes

Aujourd’hui, Salt Lake City et sa grande banlieue (Orem, Provo…) reste assez prospère, très industrielle, avec beaucoup d’Universités. St George (dans le Sud), bien qu’étant un énorme vide culturel, ne se débrouille pas trop mal non plus. Mais le reste ?

Le reste, c’est souvent des petites villes typiques de l’Ouest (j’imagine que l’on peut trouver les même au Texas, dans le Colorado ou au Wyoming) : un peu d’agriculture, pas grand chose à faire, mais on survit comme on peut.

Certaines villes de l’Utah, en revanche, sont carrément dérangeantes. Je pense par exemple à Price, dans le sud-Utah. Une ville où tout le monde est obèse (pourtant, j’ai eu la surprise de trouver un supermarché qui vendait une tonne de fruits et légumes, pas forcément mûrs, pas forcément locaux, mais c’est souvent si rare qu’il faut le noter). La ville est très indienne, et est principalement composée de bungalows, plus ou moins brinquebalants. On remarque généralement la bonne santé d’une ville à son taux d’obésité.

On me demande souvent pourquoi c’était si compliqué de trouver des fruits et légumes frais dans le sud-Utah. Tout simplement parce que la plupart des villages n’ont comme commerce qu’une station-service, où l’on peut certes trouver des Snickers et des Skittles (techniquement, des cacahuètes et… des fruits, non ?). C’est difficile à imaginer pour nous, mais aux Etats-Unis, et pas seulement dans l’Ouest, d’ailleurs, il existe réellement des déserts alimentaires. Comment font les gens, dans ce cas ? Généralement, ils n’ont pas du tout d’éducation alimentaire et pour eux, c’est quelque chose de normal. Certains cultivent leur jardin potager. D’autres conduisent quelques heures pour aller trouver un WalMart quelconque. C’est un phénomène que l’on peut retrouver de plus en plus en France, également…

Il y a quelques endroits sympas, malgré tout

D’autres villes sont plus accueillantes que Price, comme Torrey, par exemple. Sans doute une de mes petites villes préférées de l’Utah. Il doit y avoir 200 habitants à l’année mais c’est comme Springdale et Rockville (près de Zion National Park), en plus calme : une Poste, une petite épicerie avec des LEGUMES, un ou deux restos… Il n’y a pas besoin de plus ! C’est une ville très paisible, aux portes de Capitol Reef. Il faut absolument venir un dimanche à la sortie de la messe (mormone) pour traîner en terrasse de Slacker’s en sirotant un (énorme) milk shake. Toute proche de Torrey, à l’entrée est de Capitol Reef National Park, il y a Hanksville. Isolée, pauvre. Avec quelques motels (dont quelques uns flambants neufs et hors de prix) et une station service qui fait restaurant. Hanksville. La ville où j’aurais souhaité ne jamais passé deux jours, clouée au lit.

Mais il y a aussi des mormons intégristes

Pas loin de St George, Hurricane est réputée pour être le fief des mormons intégristes du Sud-Utah. Du premier coup d’oeil, on ne le remarque vraiment pas. La ville semble assez résidentielle et paisible, bien que sans grand charme. Si vous voulez avoir un dépaysement brutal (sans faire de tourisme de la misère, c’est un concept assez horrible), il faut passer du côté des compounds de Colorado City (techniquement en Arizona, mais qui colle Hildale, Utah). Polygamie, gamins sans chaussures, taudis, près de 2 000 personnes vivent dans ce qui est pour moi un enfer au milieu du désert. Oh, il y a de belles maisons, aussi…

Heureusement, le tourisme est très présent, dans le Sud, et ça permet à certains villages de survivre et de se développer (pour l’instant, en ne perdant pas trop leur identité, mais je ne sais pas ce que nous réserve le futur !). Même Moab, qui doit être une des villes secondaires les plus visitées de l’Utah n’est pas si laide et peut être vraiment agréable pour quelques jours (même si ce n’est pas une ville que j’aime particulièrement).

Cedar City est même franchement mignonne, avec sa grande Université (grande, pour la région !). C’est un peu surréaliste de trouver une copie du théâtre de Shakespeare dans un endroit pareil, mais c’est assez amusant… Panguitch, village paisible et résidentiel, m’a laissé également une bonne impression. Bicknell, bien que plus morte et encore plus isolée, n’est pas non plus désagréable. Blanding et Monticello, quant à elles, sont l’illustration de petites villes mortes qui vivotent tant bien que mal.

Les tops :

  • Springdale, près de Zion National Park. La ville devient malheureusement de plus en plus « attrape-touriste », et c’est bien dommage. Il y a cependant de nombreuses activités culturelles et de galeries d’art, et ce n’est pas si courant en Utah.
  • Torrey, près de Capitol Reef National Park. Un beau village, avec de belles maisons. L’ensemble est très touristique et se développe de plus en plus mais reste authentique. Les paysages sont beaux, et il y a quelques bonnes adresses inattendues (comme le Robbers Roost Bookstore)
  • Moab, ville importante, que je n’aime personnellement pas trop, regorge pourtant de bonnes adresses resto/boulangerie et propose de nombreuses solutions de logement (abordables hors-saison). Un grand centre culturel (attention : ça veut dire ce que ça veut dire, c’est pas Paris, non plus)
  • Escalante, un village-rue au beau milieu de nulle part, que j’aime pourtant beaucoup. C’est un village pas laid, paisible, il est facile de trouver une cabin pas chère, et on peut flâner au réservoir d’Escalante State Park toute la journée !
  • Boulder peut constituer une étape « correcte ». Le logement y est cher mais les environs sont splendides.
  • Cedar City : charmante ville de taille moyenne, il est agréable d’y passer une soirée.
  • Si on peut très bien se passer de visiter St. George, le Kayenta art village juste à côté est une vraie belle découverte.

Les flops :

  • Price, Hanksville, Monticello : vous êtes là parce que vous n’avez pas trouvé de logement ailleurs. Je ne vois aucune autre raison valable. Ceci dit, cela nous permet de voir à quoi ressemble vraiment l’Amérique rurale en difficulté.
  • Hurricane : une ville sans charme, mais qui a pour intérêt d’avoir tous les services possibles dans la région de Zion. Ceci étant dit, je trouve qu’Hurricane s’améliore de plus en plus, notamment avec l’installation de trottoirs bordés d’arbres et de lampadaires le long de la route principale. Cela change tout. Et c’est très sincèrement insolite, en Utah.
  • Le reste.

Et vous, quelle impression aviez-vous eu en traversant les petites villes de l’Utah ?

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6 Commentaires

  • Envoyer Cedric 29 octobre 2012 at 17:25

    Moi j’ai qu’un truc à dire:

    Est ce que Glen Canyon, ça te cause ?

    Parce qu’en reparcourant les tofs que j’avais prises dans cette région, j’ai retrouvé celles de mon rocher « boite à fromage ».

  • Envoyer Zhu 30 octobre 2012 at 02:51

    Je trouve les Mormons fascinants. Effrayants, oui, par certaines dérives, mais toutes ces religions poussées à l’extrême me fascinent, moi, la bonne mécréante.

    Je ne sais pas grand chose de l’Utah non plus, mais tout ce que tu racontes donne envie de visiter les « autres » USA, loin des sentiers battus.

    • Envoyer isa 30 octobre 2012 at 22:01

      Si jamais ce n’est pas déjà fait et que tu aimes les séries, tu devrais emprunter « Big Love », d’HBO. Un vrai bijou sur le monde mormon et polygame !

  • Envoyer Perrine 10 décembre 2014 at 22:27

    Bonjour Isa, merci pour cet article de « derrière les beaux décors des parcs nationaux » avec les tops/flops (qui m’ont fait rire d’ailleurs). L’Amérique profonde est fascinante … Un peut comme le fin fond de chaque pays… Déchirer la belle carte postale et regarder la réalité en face est toujours intéressant !

    • Envoyer isa 11 décembre 2014 at 15:18

      Merci pour ton message Perrine, c’est ce que j’essayais de faire ! Je suis toujours horrifiée de la pauvreté de l’Amérique rurale… Mais ça c’est sûr qu’en tant que voyageur, on essaye de ne pas trop le voir… :-/

  • Envoyer Zhu 12 décembre 2014 at 03:24

    Mais les noms des villes, quoi… :lol:

    Je ne peux pas imaginer vivre dans un désert alimentaire. Remarque, c’est toujours l’impression que l’Australie me fait, en dehors des restos chics des grandes métropoles. Quand tu vois la tête des légumes (et le prix) dans les supermarché, tu comprends pourquoi le pays a adopté la junk food…

    Bref, on oublie souvent les que USA ne sont pas que le pays de Wall Street et des paillettes. Merci du reportage!

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