Etats d'âme, Europe

Torrevieja : souvenirs d’enfance

Je crois que c’est la chaleur ambiante qui m’a donné l’idée d’écrire ce petit billet, mais aussi le bruit du ventilateur dans ma chambre, tout droit ramené de l’endroit dont je vais parler…

Torrevieja, le lieu des vacances de mon enfance, un endroit qui se méritait, après 14 h de route au départ de Lyon, sans climatisation, à trois à l’arrière de la voiture… Le départ au petit matin avait toujours quelque chose de magique, se lever avant le soleil en plein mois de juillet est déjà un exploit en soit; on pouvait enfin sentir la fraîcheur du matin et faire le plus de route possible avant que le soleil ne vienne taper sur le toit de notre fournaise de voiture…
Un an sur deux, c’était la grande expédition, vers le Sud. Le paysage défilait lentement. Petit à petit, dans la vallée du Rhône, les parfums changeaient. Montélimar marquait le début de Sud. Puis les cigales devenaient de plus en plus bruyantes, le parfum des pins parasols de plus en plus entêtant. La chaleur, quant à elle, était écrasante dès la frontière passée… Le voyage était encore long, le paysage s’asséchait, puis enfin, j’apercevais la mer !

C’est sans doute à Torrevieja que j’ai passé les moments les plus heureux de mon enfance, et ça me parait donc logique d’en avoir encore autant de souvenirs… Souvenirs qui sont toujours rattachés à mon grand-père, qui était propriétaire d’une maison de ville, avec deux grands appartements l’un au dessus de l’autre. Un de mes plus grands regrets est de ne pas posséder de photos de cette maison, et à vrai dire, de ne presque pas posséder de photos de cette époque et de cet endroit. Nous étions dans l’appartement du dessus, dont le sol disparaissait toujours sous le sable et la poussière d’une année entière où il était déserté. Il y avait toujours cette drôle d’odeur de bois humide, de sable et de sel. Comme dans toutes les maisons traditionnelles espagnoles, il y avait un patio, seulement au rez-de-chaussée, mais nous, nous avions accès au toit, desservi par un escalier en colimaçon, en fer rouge tout rouillé, que j’ai toujours évité d’emprunter, étant donné ma célèbre témérité… Ce toit plat, où il devait faire plus de 80°C à midi (sans rire : les draps y séchaient en moins de 10 minutes) était pourtant bien agréable une fois débarrassé des kilos de poussière et de sable (et oui, il ne pleuvait guère pendant l’année…). Le soir, une fois que l’air de la mer arrivait à pénétrer un peu jusqu’à chez nous, c’était la félicité…

Eh oui, parce que Torrevieja a bien changé, au fur et à mesure des années. Je ne suis pas nostalgique de la ville du début, car j’ai toujours aimé m’y trouver, mais force était de constater que sur la fin, la belle maison ancienne du coin était de plus en plus délabrée et envahie par les herbes, et, dès la tombée de la nuit, sentait très fort. Je ne me rappelle plus du nom de cette fleur, qui était à la fois agréable, doucereuse, mais très désagréable car proche de l’odeur de pipi de chat… Les Espagnols comprendront très bien cette métaphore ! Bref, elle a vite été remplacée par un énième piso a alquilar. Ca poussait comme des champignons, dans tout le quartier. Nous n’étions plus qu’un petit îlot de petites maisons au milieu de ce quartier…

Mais il ne faut pas brûler les étapes trop vite, Torrevieja c’était avant tout l’aventure, la meilleure nourriture du monde, les tapas, le serrano, les berberechos, la sandía, la salade avec des oignons roses et les meilleurs tomates et olives du monde, mais surtout, les pipas qui m’accompagnaient tous les soirs en allant faire le paseo. Coutume espagnole, sorte de petite marche digestive en bord de mer, avant de faire une escale pour un éventuel lemon granizado ou un blanco y negro (café granité avec une boule de glace à la leche merengada) chez Masia, le meilleur glacier de la ville, gros espagnol (comme tous les espagnols d’un certain âge, avec une pastèque dans le ventre – et croyez moi, les pastèques espagnoles, c’est au moins 10 kilos). C’était aussi la mer, toujours agitée à la Playa de la Mata (comme son nom l’indique), et c’était vraiment la fête lorsque le drapeau était vert et que je pouvais rester dans l’eau à regarder les petits poissons argentés – j’ai toujours eu peur des vagues et des rochers qui te sautent dessus sans prévenir. C’était la feria, la fête des Moros y Christianos à Guardamar, suivi de son effrayant feu d’artifice. Les bonbons bizarres que mon grand-père me ramenait du marché (il y avait même des chewing-gums au melon oui, oui, et des chupa chups à la cerise).

Vous allez croire que je ne parle que de bouffe (et ce serait ma foi… mérité), car c’est effectivement ce qui m’a le plus marqué. Mais à vrai dire, ce qui me manque le plus, c’est d’attendre mon grand-père pendant 1/2 heure, le temps qu’il se prépare et qu’il oublie 10 fois quelque chose dans sa chambre. Et je repense à son granizado fait-maison, privilège dont on avait le droit une fois dans les vacances. Ce qui me manque, c’est aussi de le voir poursuivre mon frère en le traitant « d’emmerdaor » avec son célèbre frangnol.

Mon frère et ma sœur ne cessent d’emmener leurs enfants en Espagne, afin qu’ils puissent connaître un petit peu de tout ça, mais, si j’ai des enfants, je ne le ferai pas. Car je sais très bien que Torrevieja, ce qu’était ce lieu, et ce que j’y ai vécu, je ne pourrai jamais le vivre à nouveau, et que je suis la dernière à avoir eu cette chance.

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13 Commentaires

  • Envoyer Katell 17 février 2013 at 18:59

    :eek: Rho comment je suis passée à côté de cet article !
    J’ai l’impression de lire mes vacances à Denia !!! Bon sauf que moi je n’y avais pas de famille, mais les saveurs, les odeurs, les couleurs, le paseo, le granizado, la sandia miam miam… tout y est !

  • Envoyer Cynthia 9 septembre 2015 at 15:23

    Tu m’as arraché une larmichette au dernier paragaphe ! C’est tellement triste ces lieux qui ne seront plus jamais pareil.

    • Envoyer Cynthia 9 septembre 2015 at 15:25

      pareils!

    • Envoyer Isa 10 septembre 2015 at 11:19

      On tombe en plein dans la nostalgie, c’est pas toujours facile !

  • Envoyer Zhu 10 septembre 2015 at 02:23

    Mais les yeux que tu as…!

    Je comprends complètement ton article, ces souvenirs, ancrés dans la mémoire, ces lieux qui t’ont aussi formée. Et puis un jour, ça change… brutalement ou pas, il faut tourner la page. Je commence tout juste a apprécier les souvenirs aussi, et à bien être consciente qu’ils sont des souvenirs et doivent le rester. Les recréer ne servirait à rien. Par contre, on peut en faire d’autres ;-)

    • Envoyer Isa 10 septembre 2015 at 11:17

      Que j’avais ! Avec le temps, ils sont devenus plus sages :D
      En faire d’autres, oui, absolument. Bizarrement, je pense quand même retourner à Torrevieja dans un an ou deux, avant qu’ils ne détruisent la maison (si ce n’est pas déjà fait), j’en ai de plus en plus envie, juste pour moi !

  • Envoyer Kenza 10 septembre 2015 at 09:17

    il est beau cet article ! et pouvoir reconnaître les lieux le rend encore plus beau (sauf le glacier, mais je vais y remédier vite)

    • Envoyer Isa 10 septembre 2015 at 11:18

      Oooh ça a dû bien changer depuis, je suis sûre que le granizado n’est plus aussi bon qu’avant ! Nostalgie, quand tu nous tiens :)

  • Envoyer Lucile 14 septembre 2015 at 18:44

    J’étais passée à coté de cet article également.
    Beaucoup de nostalgie et d’émotion, ce que tu écris est très touchant et me rappelle mes vacances d’enfant, chez ma grand-mère ou mon grand-père, dans d’autres lieux, les odeurs, les goûts et les aventures de l’enfance dans leurs maisons

  • Envoyer Flo 15 septembre 2015 at 17:04

    Très touchant cet article qui nous ramène tous à nos souvenirs d’enfance.
    De quoi amplifier un peu plus mon syndrome de Peter Pan ;)

    (Ps: je mets ma main à couper que la photo a été prise dans un manège!)

    • Envoyer isa 8 octobre 2015 at 15:31

      Et tu as tout à fait raison, un manège de la vogue de Torrevieja, bien sûr !

      • Envoyer Papa 18 mars 2016 at 14:42

        Moi aussi, j’ai l’impression de lire mes vacances, mêmes souvenirs, et je me souviens parfaitement de la photo du manège.
        Je n’imaginais pas que tu aies gardé toutes ces sensations si bien décrites
        Bises
        Ton père

        • Envoyer isa 18 mars 2016 at 14:47

          Merci mon père !

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