Etats-Unis, Ouest américain, Parcs nationaux, Utah

Zion National Park, mon paradis perdu

Huit ans ont passé depuis ma découverte des falaises rougeoyantes de Zion National Park.

Je n’ai pas l’impression d’exagérer en disant que la vision du canyon de Zion au coucher de soleil a bouleversé ma vie. Lorsque je planifie un voyage, je n’ai que ça en tête : retourner à Zion. Tout au moins, je dois me forcer pour réussir à envisager une autre destination.

L’Utah, un futur champs de pétrole ?

Plus que jamais, l’ouest américain, en particulier l’Utah, est en péril. J’en ai longuement parlé dans cet article (l’ouest américain, destination en déclin ?) : à l’heure actuelle, des députés de l’État proposent de troquer des terres publiques qui seront ouvertes aux concessions pétrolières, en échange de la protection d’autres terres. Mais cela ne fonctionne pas comme ça. On ne peut faire de concession sur la protection du territoire… L’est de l’Utah deviendra t-il le nouveau Texas ? Avec des puits de pétrole de partout ?

Le canyon de Zion n’est plus ce paradis de nature sauvage

Au delà de ça, et à Zion en particulier, c’est l’ambiance qui a changé du tout au tout, depuis 2008. Zion n’est plus un territoire vierge depuis longtemps, et évidemment, cela fait des années et des années que c’est un haut lieu touristique des parcs nationaux de l’ouest américain.
Cependant, à ma première visite, pourtant en plein juillet (période traditionnellement hautement touristique pour les touristes européens, principalement allemands, français et britanniques), il n’y avait pas d’embouteillage à Springdale. Il était facile de se garer au village, tout comme sur les nombreux parkings du parc. Les sentiers les plus populaires n’étaient pas encombrés. Il était plutôt facile de trouver un emplacement de camping en arrivant directement le matin. Je n’ai jamais vu ce genre de scènes jusqu’à l’année passée :

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Pour moi, l’expérience de Zion était incomparable. J’ai randonné très tôt le matin sur des sentiers déserts, avec pour seule compagnie des renards, des biches et des troupeaux de dindes ! Sur la Kolob Terrace, j’ai même croisé le chemin d’un lynx. Et pour cela, il n’y avait même pas besoin d’aller dans les parties moins connues du parc (comme Kolob), tout ça, c’était dans le canyon principal. Je n’ai jamais fait la queue pour sauter dans une navette, je n’ai jamais marché au milieu d’un groupe de touristes.
Je ne sais pas comment j’aurais réagi si j’avais découvert Zion tel qu’il est aujourd’hui. J’aurais probablement été subjuguée par la beauté des falaises (il faut avoir un cœur de pierre pour ne pas l’être), mais je n’aurais pas aimé l’expérience.
Si aujourd’hui, je pense toujours que Zion est le plus spectaculaire des « Mighty Five », je pense aussi qu’il n’est plus le plus agréable.
Il en va de même pour la ville de Springdale, aux portes du parc, ayant longtemps résisté à l’uniformisation. Aujourd’hui, la ville ressemble de plus en plus à un petit Disneyland, qui se développe car la pression touristique est forte (et pourquoi ne pas en profiter, d’ailleurs ?) mais qui semble aussi, petit à petit, perdre son âme. Est-il vraiment impossible de mêler les deux ? Est-il vraiment impossible de garder une identité forte tout en proposant plus d’alternatives aux touristes ? Aux États-Unis, il faut croire que non, tant les corporations et les chaînes ont du pouvoir. Virgin sera probablement la prochaine ville à être défigurée.
Je tremble pour Torrey, qui semble également suivre le même chemin depuis plusieurs années, et qui est pourtant le dernier fief authentique en bordure de parc national (dans ce cas, Capitol Reef).

Zion National Park doit concilier ses missions

La mission première d’un parc national, c’est la protection de la nature, de sa faune et de sa flore. Comment, dans ces conditions, Zion peut relever sa mission conservationniste ? En outre, les infrastructures du parc, même si elles sont sans cesse rénovées (les sanitaires du visitor center sont flambants neufs, tout comme certains sentiers de randonnées), tout se dégrade trop vite : il n’y a pas assez de fonds privés ou publics permettant une bonne expérience de visite.
Ainsi, les deux missions du parc sont en péril : protéger & recevoir. Difficile de blâmer les gestionnaires du parc. De quel côté faut-il chercher ? Du gouvernement fédéral qui ne subventionne plus assez ses parcs ? Du côté de l’office de tourisme de l’État qui n’a pas su anticiper les effets secondaires de leur campagne de promotion « Mighty Five » ?

Quelles solutions ? Quelles alternatives ?

Rien ne pourra se stabiliser sans une grosse enveloppe de dollars distribuée par le gouvernement fédéral pour adapter les infrastructures et ainsi, minimiser l’empreinte humaine sur le parc. Peut-être faudra t-il aussi laisser les navettes obligatoires toute l’année (mais ça, ça ne se fait pas sans argent). Peut-être sera t-il indispensable d’établir un quota de marcheurs par jour, avec un tirage au sort quotidien, pour Angel’s Landing et Observation Point, notamment. Après tout, les backcountry permits sont réglementés. Il me semble dangereux de limiter l’accès au parc quotidiennement : les parcs nationaux, bien que payants, sont publics. Chacun devrait avoir la chance d’y pénétrer. Il n’y a pas de solution idéale…

Je n’abandonnerai jamais Zion. Je continuerai à en parcourir les sentiers (peut-être un peu plus hors des sentiers battus), et je pense que je déplorerai à chaque visite ce que le parc est devenu. Et qui sait, peut-être que je serai agréablement surprise ?

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6 Commentaires

  • Envoyer JP 24 février 2016 at 14:12

    Hello Isa,

    Complètement d’accord avec tes commentaires sur Zion, Springdale et Torrey. On a vu un changement considérable entre nos deux passages en 2011 et 2015. Zion est un parc incroyable, mal aimé par rapport aux autres pour des raisons débiles (shuttle…). Je ne pense pas qu’il faille chercher des responsables. Aujourd’hui, certaines zones sont au bord de l’implosion touristique (Moab, Page, Zion, Grand Canyon, Yosemite). Il faudra des moyens, agrandir certaines zones, étaler les visites et peut-être (malheureusement) règlementer…
    En attendant, on peut aussi aller voir des parcs fantastiques mais complètement déserts comme Big Bend, Chiricahua, Great Basin… Mais Zion est tellement inclus dans tous les autotours …
    A plus

    • Envoyer isa 24 février 2016 at 14:15

      Oui, il va falloir réglementer (mais je pense que c’est une bonne chose, et la seule solution viable, notamment pour les randonnées : en plus, cela ne coûte pas une fortune à être mis en place !!).
      Pour les autres parcs, je suis d’accord, mais ils sont extrêmement excentrés, donc ne seront de toute façon jamais aussi populaires. Cela a un coût temps et argent supplémentaire trop important…
      En attendant, c’est sûr qu’il y a tout un tas de choses magnifiques en Utah (j’ai un faible pour le Grand Staircase), mais ce n’est pas grand public car il faut être expérimenté ou avoir un guide… C’est ce que je ferai, en tant que passionnée du coin, mais c’est sûr qu’on va vite tomber dans le schéma voyage élitiste VS voyage classique. C’est dommage

  • Envoyer caro 24 février 2016 at 18:23

    On m’en a dit que du bien, notamment un guide qui me faisait visiter le Grand Canyon et qui etait completement amoureux de Zion! Hate de decouvrir ce parc qui a l’air fou!

    Pour info : techniquement les puits de petrole ne sont pas au Texas mais au large, dans le golfe du Mexique.
    http://www.total.com/fr/infographies/le-parcours-du-petrole-du-puits-la-pompe

  • Envoyer Arnaud 6 août 2016 at 12:23

    Je partage ton constat, Zion est devenu victime de sa beauté et Spingdale deviendra une sorte de Mont St Michel de l’Utah. A qui la faute ? Sans doute un peu à tous ceux que tu évoques, le parc est par moments submergé de touristes, j’y étais la semaine du 4 juillet, la saturation totale ! Et pourtant en une semaine on a randonné sans y croiser personne, il suffit de choisir ses endroits et de fuir les Narrows ou la Virgin River dans sa partie proche du Visitor Center, tout le monde est là, grand bien leur fasse… Il reste plein de possibilités de profiter du Parc en solitaire, pour peu que l’on s’éloigne du Canyon.
    Merci pour cet article intéressant et bien écrit comme le reste de ton site.

    • Envoyer isa 6 août 2016 at 16:05

      Merci pour ton commentaire, Arnaud !
      Et dire que début juillet, il y a 8 ans, on pouvait se balader tranquillement le long de la Virgin River…
      Le souci, c’est que la pression touristique va devenir rapidement trop importante pour l’écosystème. C’est mon inquiétude première !

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