Montréal

2008-2018, c’est le temps de repartir

J’emploie volontairement une expression québécoise dans ce titre, parce que, sans grande surprise pour certaines d’entre vous : je repars pour le Québec.

D’ailleurs, aujourd’hui, il neige fortement, à Lyon. N’est-ce pas le jour idéal pour vous parler de mon prochain hiver québécois ? J’ai écrit abondamment sur les expériences québécoises que j’ai eu le bonheur de vivre au fur et à mesure des années, depuis 10 ans, à vrai dire. J’ai débarqué pour la première fois en Amérique du Nord par le biais de Montréal. J’avais 20 ans, et c’était mon premier grand voyage, avec un passeport qui sentait encore le papier neuf, et ma foi, pas beaucoup d’appréhension, au final. Sur place, mon ami Martin, montréalais depuis toujours, est venu me chercher à l’aéroport. C’était sécurisant, de savoir que quelqu’un m’attendait là-bas. Je ne le connaissais pas encore en personne, mais sa gentillesse et sa générosité m’ont tout de suite sauté aux yeux. À chaque retour au Québec, j’ai toujours eu un immense plaisir à le revoir, et à entendre son rire. Martin ne sera pas là pour m’accueillir cette année. Je penserai toujours à lui en traversant le pont Jacques Cartier, son préféré.

2008 sur une plage de San Francisco

« Madame, votre demande pour travailler au Canada a été approuvée. »

Beaucoup de choses ont changé en dix ans, tant de choses ! Je n’ai plus l’ambition de m’installer sur le long terme au Québec, et pourtant, j’ai toujours gardé un pied là-bas. Je me suis toujours demandée ce que serait ma vie si j’y étais restée : Montréal, et si ?. Une chose est sûre, j’ai laissé mon cœur dans la Petite Patrie de Montréal. J’y ai laissé des gens que j’aime très fort, comme j’en aurais laissé d’autre ici si j’étais restée vivre à Montréal. Je n’ai jamais réellement réussi à trancher entre Lyon et Montréal : quelle ville gagne ? Les deux, et c’est bien ça ma malédiction. Une douce malédiction…

2010 dans la baie de Bar Harbor, Maine

Je n’avais que peu de chances d’être tirée au sort pour le PVT Canada, une chance sur quatre, en septembre dernier. Je m’y suis inscrite sans trop y croire, avec des plans B en tête (= partir vivre à l’Océan). Et pourtant… j’ai eu ma place tout de suite, quelques jours après le début de la loterie. Je n’ai su que faire de cette nouvelle. Je n’étais d’ailleurs pas si heureuse que ça, un peu prise au dépourvu : qu’est-ce que j’allais en faire, de ce PVT au Canada de deux ans ? Est-ce le bon moment pour partir ? Est-ce que je ne fais pas une erreur monumentale et est-ce que je ne mets pas ma relation actuelle en danger, d’ailleurs ? Il faut croire qu’il y a des choses qui ont changées : je ne suis plus aussi insouciante que je l’étais au début de ma vingtaine.

En 2010, j’étais partie vivre et travailler à Montréal, sans trop m’inquiéter de rien. J’étais encore étudiante, et je n’aspirais qu’à une chose : voyager, et on verra pour la suite. Depuis cinq ans, je me suis posée, je me suis concentrée sur ma vie professionnelle. Et puis finalement… ça n’a pas donné pas les résultats escomptés. Je crois que pour le moment, je ne suis bonne qu’à une chose : je ne me sens sûre de moi que lorsque je suis en mouvement. Alors, je pars, d’ailleurs parait-il que ma demande de permis de travail a été approuvée.

Je ne sais pas encore ce que je veux trouver au Québec, et ce que je vais y trouver. Tout me semble plus difficile à trente ans que ça ne l’était à vingt. J’aimerais faire plein de métiers différents, et en trouver un qui me convienne en rentrant en France. J’aimerais aussi voyager dans tous les endroits où je n’ai pas encore mis les pieds, au Canada comme aux États-Unis. J’aimerais aller au Nord du Québec, en Estrie, en Nouvelle-Écosse, à Ottawa pour rencontrer Zhu. J’aimerais retourner dans le Sud des États-Unis, traverser le continent par le Minnesota et le Wisconsin, puis aller à Yellowstone, et passer deux mois en Utah. J’ai besoin de camper sous les étoiles de Capitol Reef National Park. J’ai aussi besoin de retrouver ma « muse » photographique, qui a toujours été l’Amérique du Nord. Et le train.

Avoir le vertige à Zion National Park en 2012

Je vais atterrir à Montréal, parce que c’est facile, parce que c’est là où est mon cœur. J’ai des contraintes, notamment celle de rester dans une province francophone. Et ce n’est pas grave, j’aime vraiment le Québec. Je n’ai finalement jamais été une grande planificatrice de voyages. J’aime ça pour les petits voyages, je déteste ça pour les grands. Je préfère amplement, les années passant et l’expérience de vie aidant, me laisser porter et saisir des opportunités lorsqu’elles se présentent.

J’appréhende déjà des choses qui vont me manquer (mon chouette appartement dans le 7e arrondissement, mon marché de producteurs locaux, et bien sûr, voir mes neveux et nièces grandir : quand je ne les vois pas pendant un mois, j’ai déjà l’impression de manquer une année). Mais c’est pas grave, je vais sûrement trouver d’autres choses, là-bas.

Mes fidèles bottes de neige en Alberta en 2014

Mais à vrai dire, je ne sais pas du tout ce que je vais trouver, à Montréal. Évidemment, la ville a énormément changé, en dix ans, et ce n’est pas forcément un mal : il y a de plus en plus d’expatriés français (je serai encore plus perdue dans la masse), et le coût de la vie me semble aujourd’hui bien supérieur à celui de Lyon. Mais… Si je n’y suis pas bien, il n’y a qu’à partir, non ?
Je trouverai bien de nouveaux repères. Montréal a certes changé, mais j’ai encore plus changé pendant cette décennie formatrice. J’ai peur d’y rechercher les mêmes sensations que j’avais connues à l’époque, et les mêmes expériences. Et d’être déçue, évidemment. Il va falloir qu’une partie de moi accepte le fait que je ne revivrai peut-être pas des expériences aussi formatrices que la première fois où j’ai vécu à l’étranger. Il y avait une dynamique de découverte perpétuelle, de moi comme d’un autre monde qui s’ouvrait. Aujourd’hui, je me connais mieux, et j’ai déjà vécu et voyagé à l’étranger longuement, à trois reprises. Et quand j’y songe, à chaque fois, j’ai découvert quelque chose de différent.

Sieste et déconnade au jardin botanique de Montréal en 2016 avec mon amie Hélène

Alors je ne sais toujours pas tellement ce que je cherche en partant vivre à nouveau au Québec, mais en vous écrivant cette dernière phrase, je me rends compte que je vais trouver exactement ce qu’il me faut, parce qu’il en a toujours été ainsi !

Affaire à suivre ;-)

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19 Commentaires

  • Envoyer Céline 5 février 2018 at 16:54

    Ah la la, à peine on part que tu débarques ! ^^ Ça renouvellera un peu le staff PVTistes sur place à Montréal ceci dit :p
    Je comprends totalement ton raisonnement de ne pas savoir à quoi t’attendre, on part forcément avec ces images qu’on garde en tête tout en se sachant différent de cette époque. Mais bon, comme tu le dis, pas de pression tu verras bien où tout ça te mène et quoi qu’il arrive on a toujours quelque chose à apprendre d’un voyage !
    Bisous,
    Céline

    • Envoyer isa 6 février 2018 at 10:42

      Quel mauvais timing, oui, le sort en a décidé autrement ! Je me faisais une joie de gratouiller Luna. Mais ce n’est pas le plus important : je viendrai la gratouiller à Toulouse ou à Paris en revenant ! :)

  • Envoyer Mathilde 5 février 2018 at 19:20

    He mais c’est cool comme nouvelle !
    En plus d’être « overwhelming » comme tu le dis…
    À bientôt peut être !

    • Envoyer isa 6 février 2018 at 10:41

      Ouiiiiii ! Et pis tu sais quoi, j’ai encore jamais visité Boston…

  • Envoyer Julie / hors du temps 5 février 2018 at 20:21

    Je te souhaite beaucoup de bonheur de l’autre côté de l’atlantique pour ces deux ans ;)
    (par ailleurs, j’aime beaucoup le ton de ton article, je crois que c’est un peu la même chose de mon côté, c’est compliqué de grandir, de se fixer …).

    • Envoyer isa 6 février 2018 at 10:41

      Merci Julie !! (pour les deux compliments… :) )
      Tu as aussi du mal à te fixer ?

  • Envoyer Laurent 5 février 2018 at 21:16

    Même si tu ne vas pas rejoindre l’autre rive de l’Atlantique à la voile, je vais tout de même te souhaiter bon vent, et bon mouvement :-)

    • Envoyer isa 6 février 2018 at 10:41

      Epargne moi ça ! Je n’ose pas imaginer le mal de mer, le cas échéant… Mais je te lance le défi de venir accoster là-bas en cargo ! ;)
      Merci pour tes gentils mots, Laurent.

  • Envoyer Lucile 5 février 2018 at 21:43

    est ce que tu iras dans les bars du boulevard st laurent ?

    J’espère en tout cas que tu trouveras ce que tu cherches à Montreal, mais je ne doute pas que le continent nord américain te réserve encore de nombreuses découvertes et enrichissements personnels.

    • Envoyer isa 6 février 2018 at 10:40

      « My feet are slipping in the snow, can’t understand what’s on the radio »… Ah, cette chanson !!!!! <3 Je viens de la lancer, pour la peine.
      J'en suis sûre, ce que je sais, c'est qu'il m'apporte énormément de liberté. J'espère que je pourrai vous y croiser tous les 3, qui sait ?

  • Envoyer LN 6 février 2018 at 04:19

    J’espère qu’on aura l’occasion de te retrouver ❤️ Miss you loads ❤️

    • Envoyer isa 6 février 2018 at 10:38

      J’en suis à peu près sûre, oui….

  • Envoyer Magouille 6 février 2018 at 09:26

    Rrra ! Mon estomac se noue rien qu’à lire ton billet ! C’est bien là tout le « sens » des expériences de vie à l’étranger, je trouve : ne pas savoir ce qu’on va trouver en partant, mais le trouver en chemin ou même encore après en rentrant… Je te souhaite une toute belle aventure que j’aurai plaisir à suivre :)

    • Envoyer isa 6 février 2018 at 10:38

      Ça me semble tellement loin, quand vous y étiez ! Je suis certaine que ça sera une belle aventure, et puis finalement, y’a ptete même pas besoin d’y trouver quelque chose ! :)

  • Envoyer Cedric 6 février 2018 at 10:45

    Youpi pour toi !

    • Envoyer isa 6 février 2018 at 11:06

      Ahaha ! En effet, youpi pour moi :D

  • Envoyer Lauriane 6 février 2018 at 13:18

    J’espère que tu ne resteras pas enfermée dans tes souvenirs car c’est, selon moi, le pire risque de retourner dans un endroit qu’on connaît. En tout cas bon PVT :) (tu ne nous as pas donné la date de ton départ ?)

    • Envoyer isa 6 février 2018 at 13:21

      Je suis déjà retournée (en touriste, certes !) dans de très nombreux endroits que j’ai déjà visités de façon intensive, et ce toujours avec un immense plaisir. Après, c’est sûr qu’y vivre, c’est quelque chose de différent… On verra bien ! :)
      Je ne connais pas encore ma date de départ ! J’ai la latitude de devoir valider mon PVT avant mi-décembre 2018. Je compte arriver en fin d’été, mais qui sait, ça dépendra notamment des billets d’avion ! :)

  • Envoyer Zhu 22 avril 2018 at 07:53

    J’avais mis ton article dans mes favoris pour y revenir un soir, lire ce qui se cachait derrière le « j’lai eu! ». Ben oui, je me doutais bien que ce n’était pas si simple pour toi de quitter Lyon et de retraverser la flaque dix ans plus tard…!

    Y a-t-il des voyages simples, des décisions simples? Pas chez moi, en tout cas! Autant je ne regrette jamais rien (au pire, je me dis que j’ai appris ma leçon si je me plante), autant j’ai souvent des angoisses existentielles, cette peur de passer à côté de ma vie, de ne pas être à la hauteur… pis j’envoie bouler les doutes pour me fier à mon instinct. Oui, il me plante, des fois :lol:

    Bon, on va dire que la chance d’avoir été tirée au sort qui va te suivre jusqu’à Montréal :-)

    Entre nous, je crois que je n’ai jamais regretté l’expérience que j’acquière au fil des ans. Oui, c’était marrant et cool l’insouciance de la vingtaine, mais on peut aussi perdre du temps avec des conneries, se prendre la tête pour rien… on se connaît mieux avec les années, je trouve.

    Tu ne retrouveras pas ton Montréal de 2008, mais tu te trouveras quelque part dans ce Montréal de 2018 :-)

    Par contre… va falloir que tu lui dises quand même qu’il fait VRAIMENT froid :lol:

    Au plaisir de te voir là-bas, quelque part entre Montréal et Ottawa!

    (Putain, t’es belle, ma fille! Je ne t’avais jamais vue en photo en plus gros plan, figure toi. T’as des air de top avec ces yeux et ces lèvres! … et j’arrête là, pour pas que tu penses que je te réserve un drôle de plan à Ottawa :lol:)

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