Montréal

Balade sensorielle à Montréal

28 décembre 2018

Montréal, l’hiver, ça pique les yeux, ça pique les joues, le bout des doigts et même les trous de nez. En ce début de mois de décembre, c’est même pas encore l’hiver, mais on a l’impression qu’il est déjà là, à mon plus grand bonheur.

J’ai eu une semaine pour parcourir les rues montréalaises et faire office de guide touristique : s’il fait très froid et qu’il neige, c’est mieux.
Ecrire sur Montréal, ça devient compliqué. Déjà, parce que ma plume a déjà amplement coulé à ce sujet, et aussi parce que popularité du PVT Canada oblige, c’est l’une des villes dont on entend le plus parler dans la blogosphère voyage. Montréal, on en bouffe sans doute un peu trop. N’étant pas plus originale qu’une autre, je n’ai rien de mieux à vous proposer qu’une découverte de Montréal à travers mes yeux… ou plutôt… à travers mes 5 sens !

Montréal sur la pulpe de mes doigts

J’étais sceptique quant à l’idée de retourner à Montréal sous la neige. J’avais vraiment adoré mon hiver là-bas, mais en décembre, je rêvais plutôt de trouver la chaleur, comme en Martinique l’année dernière. Mais… je n’avais pas le choix, il fallait que j’y aille pour valider mon permis de travail avant expiration. Je consens à dire qu’il y a pire contrainte qu’une semaine de vacances un peu « à la maison ».

Des journées à 0°C, d’autres ressenties à -20°C, c’est toujours le grand écart, en hiver. Les jours de grand ciel bleu sont évidemment les plus froids et mes lèvres sont vite paralysées par le vent glacé, au point où ma bouche ne forme les mots plus qu’approximativement. J’ai l’impression de parler en étant bourrée. La bouche gelée, les lèvres gercées, le bout des doigts endormis même avec des sous-gants, c’est vraiment pour ça que j’aime l’hiver au Québec. Les narines gèlent aussi un petit peu et on a l’impression de respirer de la neige (qui est en réalité de la morve gelée, ne me remerciez pas pour l’image).

Et il y a tant à faire : marcher des kilomètres sur le Mont Royal, de Westmount au Plateau, à travers le cimetière désert. Prendre le soleil tout en haut de la montagne, abrités du vent, sentir le réconfort qu’il procure sur la peau, avoir l’impression d’être des lézards au printemps.

Reprendre la route, se réconforter en entrant dans l’un des cafés branchés de l’avenue Laurier, enlever ses gants à toute vitesse pour se réchauffer les doigts, même si c’est douloureux, sur une grande tasse blanche. Sentir à nouveau les picotements du sang jusqu’au bout des orteils et jusqu’au bout des oreilles. Le nez, lui, on l’a perdu, il restera rouge et froid pendant plusieurs jours.

Il fait chaud, si chaud, dès que l’on entre dans le métro. Il faut enlever ses pelures une à une, puis les remettre 20 minutes après. Les cheveux sont électrifiés par le bonnet, dressés droit sur la tête.

Depuis 5 ans, Montréal c’est aussi la douceur des cheveux de Moïra, cette petite fille qui aime toujours autant les caresses tendres et calmes. Sa douceur, sa chaleur et sa gentillesse : ce n’est pas toujours facile de vivre loin, mais chaque année perdue se rattrape en quelques secondes.

Montréal dans mes oreilles

Je crois que le bruit de la neige sous les pas est un bruit apprécié de beaucoup de marcheurs. Je l’adore, même s’il me fait mal aux dents. Crounch, crounch, c’est généralement le seul son qui brise le silence. Dans les parcs, tout au moins. Car en ville, c’est un autre histoire…
Les travaux de voirie sont devenus hors de contrôle, à tel point que j’ai l’impression d’être à New York, désormais. Même en plein mois de décembre, les travaux continuent, promettant des infiltrations dans l’asphalte et donc des nids de poule dès le printemps prochain. Des travaux durables, en somme. Il faudra tout recommencer en mai. Les rues sont barrées, les piétons zigzaguent en essayant de fuir au plus vite le bruit assourdissant des marteaux piqueurs, des alarmes de camions qui reculent et des klaxons d’automobilistes mécontents. Montréal n’est décidément plus un havre de tranquillité.


J’ai toujours associé Montréal à certaines chansons (Language City de Wolf Parade, Month of May d’Arcade Fire ou Have you seen in your dreams de Miracle Fortress), je n’aimerais pas que mon cerveau pense dorénavant au Montréal bruyant, gris et froid.
Et puis il y a quand-même un dernier son, celui du fromage qui fait couic couic contre la molaire lorsque l’on mâche une bouchée de poutine. J’apprécie au moins autant ce son que la poutine, c’est-à-dire pas beaucoup. Mais est-ce qu’il y a un bruit plus iconique que celui-ci, à Montréal ?

Montréal à travers mes yeux

Mes yeux, ma vision, le sens qui me fait défaut depuis plusieurs mois. Celui en qui je n’ai plus vraiment confiance. Il m’a tout de même offert de belles journées ensoleillées où j’oubliais presque tout ça. Montréal m’a aussi offert un magnifique lever de soleil très matinal, à 6 h du matin, lorsque le décalage horaire a raison de la raison. Depuis la cuisine, la vue sur la ruelle m’émerveille toujours : petites maisons de brique encore endormies, ruelle blanchie par la poudreuse nocturne, arbres décharnés s’apprêtant à hiverner. J’aime toujours autant les quartiers montréalais, et encore plus le mien.

Montréal sur mes papilles

Blonde, brune et surtout rousse, ce que j’aime les bières locales du Québec. Dégustation après dégustation, je retrouve des goûts oubliés et en découvre beaucoup de nouveaux. Ca picote, ça réconforte, ça réchauffe…
Mais ce que j’attends toujours avec impatience, ce n’est ni la poutine ni le pâté chinois, ce sont les pupusas, le guacamole et autres tamales… toute cette cuisine latino-américaine que je n’ai jamais retrouvée à Lyon et dont je me gavais lorsque je vivais dans la Petite Patrie. Quel bonheur !

Montréal sur mes papilles, c’est la crème glacée molle trempée dans du chocolat fondu de Chocolats Favoris, mais c’est surtout le bonheur ultime d’un bagel croustillant de St-Viateur (je suis définitivement dans le camp de St-Viateur et non Fairmount !). Il n’y a pas plus grand bonheur que d’être dans le Mile End au moment du déjeuner, de pousser la porte de la boutique et de s’offrir un bagel dont la croûte croustille délicieusement avant de laisser place à une mie moelleuse, légère et dense à la fois, au goût de miel.

Montréal dans mon nez

« C’est où qu’on achète le pot, là ? ». Question posée par une dame d’environ 75 ans. Je lui réponds que je n’ai pas encore repéré le nouveau magasin de la SQDC du quartier, puis, finalement, je vois une longue file d’attente devant une boutique : pas de doute, c’est ici ! Je lui indique le chemin. Ce à quoi elle me répond « Je veux essayer avant d’être trop vieille !! ».
Montréal a toujours senti la beuh, et j’ai trouvé que l’odeur était encore plus présente depuis la légalisation du cannabis cet automne ! C’était vraiment l’odeur omniprésente de ce séjour montréalais.
Cette année, Montréal c’était aussi l’odeur du café-filtre fraichement coulé. Je peux compter sur les doigts d’une main les jours où je me suis levée avant 6 h pendant des vacances. Et pourtant, cette fois-ci, c’était si agréable de regarder le lever du soleil sur un paysage urbain glacé et d’observer les quelques voisins matinaux gratter leur pare-brise, pendant que j’étais au chaud, me réveillant doucement avec les arômes du café frais…

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6 Commentaires

  • Répondre
    Lili
    5 janvier 2019 at 10:45

    Une pépite cet article Isa ! Belle idée ! J’aime beaucoup le Montréal dans mes oreilles :)
    Merci pour cette chouette balade

    • Répondre
      isa
      13 février 2019 at 10:10

      Pour le bruit des marteaux piqueurs ou celui des belles chansons ? huhu

  • Répondre
    mitchka
    5 janvier 2019 at 16:59

    je l’ai commencé hier, mais j’ai été interrompue, alors plutôt que de le lire en diagonale, je l’ai mis de coté pour un instant de douceur, car dès les premières lignes je savais que sa lecture serait un moment délicieux. J’espère te voir partir là bas très vite <3

    • Répondre
      isa
      13 février 2019 at 10:09

      Merci pour ce doux commentaire <3

  • Répondre
    Macadam
    17 mars 2019 at 15:41

    Rigolo…je viens de découvrir ton blog, même si nous ne sommes pas de la même génération, nous avons un fils à Montréal depuis 5 ans et une fille à Lyon (plus 2 autres un peu itinérants). C’est très poétique ton blog et on ressent la chaleur, les bruits, la concivialite des cafés…continue !

    • Répondre
      isa
      18 mars 2019 at 10:22

      Merci pour ce commentaire qui me touche ! Et promis, je continue ;)

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