États d'âme Europe

De la déception des voyages

1 juillet 2019

J’ai parlé brièvement dans mon dernier article de la déception que l’on peut parfois ressentir en partant en voyage. Histoire de ne pas seulement écrire un article tous les six mois, j’ai eu envie de revenir dessus !

J’ai été une grosse consommatrice de blogs de voyage : je ne voyais pas mieux, couplé avec un guide papier, pour préparer un périple. Je parle au passé, car je ne le suis plus tellement, en tout cas je ne lis plus du tout ceux qui sont constamment sponsorisés et ne voyagent plus par eux-mêmes. Ça a été débattu des milliers de fois sur Twitter et mon avis est de toute façon arrêté : il y a forcément un biais, qu’il soit conscient ou inconscient. Il y a un enjeu, celui de forcément trouver du bon dans les lieux visités (on va pas non plus cracher à la gueule de la personne qui nous a invité : je n’en serais pas capable non plus). Et c’est très bien. Sauf que si j’ai rarement été déçue par des conseils distillés dans des guides papier (qui sont loin d’être neutres, on s’entend, hein !), je l’ai souvent été par des blogs voyage professionnels. Évidemment, on a pas tous les mêmes goûts ni tous les mêmes aspirations, en voyage. Mais je ne peux me résoudre à penser que s’il n’y a pas forcément des destinations « mieux » que d’autres, il y a des expériences qui sont meilleures que d’autres.

Parler du négatif

Je ne suis pas une blogueuse professionnelle et j’ai d’ailleurs laissé passer deux opportunités de l’être. Après avoir longuement réfléchi (d’autant plus que je cherche une conversion professionnelle), je ne regrette pas du tout ! Je suis donc une blogueuse amatrice depuis l’époque des dinosaures, et, même si j’ai une parole plus libre quand je raconte mes voyages (je ne suis payée par personne si ce n’est, parfois, le Père Noël, pour promouvoir des destinations), je pense que je contribue quand-même à ces fausses idées que l’on peut avoir du voyage. J’essaye souvent de parler du négatif comme du positif (Voyager seule, les pour et les contre, Las Vegas, une étape incontournable à contourner, Les lieux populaires de l’Ouest américain que j’ai moins apprécié, Halte médiévale à Montrésor, Mes gros « fails » en voyage) mais il m’arrive plus souvent de ne pas le faire car j’investis du temps et des économies dans un voyage, et que je n’ai envie de retenir que les bonnes choses. Ça me parait être naturel ! Je n’ai pas envie de me replonger dans les moments qui se sont mal passés, les endroits un peu pourritos, et aussi, parce que je n’aime généralement pas condamner un lieu… Des fois, on est juste pas au bon endroit, au bon moment.

Quand les attentes diffèrent de la réalité

Être déçue d’un voyage me remet toujours en question. Est-ce que mes attentes étaient trop élevées ? Est-ce qu’elles étaient irréalistes ? Parfois oui, parfois non. Il m’arrive souvent de ne pas me renseigner du tout sur une destination avant d’y être, je n’ai donc pas d’attentes préalables. Mais du coup, il m’arrive aussi de passer à côté d’un lieu car je n’ai rien planifié. Ça, c’est un risque que j’accepte, et c’est généralement lié à moi, uniquement à moi.
Très récemment, j’ai voyagé à Majorque, une destination que tous les blogueurs voyage adorent (et qui est, de plus, à la mode). Vu que je ne les écoute pas vraiment, je me suis plutôt renseignée dans mon entourage : tout le monde a effectivement adoré. Je rêvais de retourner en Espagne (ça, c’était mon attente) alors je n’ai pas beaucoup hésité, c’est aussi simple que ça ! Tous les guides consultés me présentaient des activités me paraissant tout à fait convenir à mes attentes. Sauf que… je rêvais de retourner en Espagne, et c’est l’Allemagne qui nous a accueilli. Que les choses soient claires : je n’ai rien contre les touristes allemands, je suis une touriste aussi, avec le cul aussi blanc qu’eux ! Ce qui était déroutant, à Majorque, c’est que l’île semble vraiment avoir été colonisée et rachetée par l’envahisseur (à chaussettes-Birkenstock) : des Deutsch Bank de partout, des restos et des supermarchés tenus par des Allemands (je n’ai jamais vu autant de steakhouses que sur la côte est de l’île, il y en avait d’ailleurs bien plus à Majorque qu’au Texas, allez comprendre), et la langue officielle quand on s’adresse à toi dans la rue, c’est l’allemand. C’est très déroutant, et je ne m’attendais pas à ça.

Nous n’étions pas préparés à dîner à 20 h maximum en Espagne. Et puis je me suis remise en cause, je me suis dit que j’aurais dû savoir que c’était à ce point, et j’aurais dû ne pas choisir Majorque justement parce que je voulais aller en Espagne. Mais Majorque, c’est en Espagne, quand-même, après tout. Ça ne me semblait pas être une attente si illégitime que ça. En bref, n’écoutez pas les blogueurs voyage donc ne m’écoutez pas, mais je le dis quand-même : n’allez à Majorque que si le fait de ne pas être en Espagne ne vous dérange pas.
L’île est certes magnifique, il y a tout un tas de petits villages mignons, des plages parfois dignes des Caraïbes, mais le surtourisme peut y être encore bien plus étouffant que sur la côte valencienne. Il est difficile de se perdre dans des lieux moins touristiques, malgré tout. Je ne vais cependant pas faire une crise, car j’ai eu ce que je voulais : des tinto de verano, de la lecture, du soleil, du calme et du repos.

Les endroits qui nous ont questionné :

  • Le Jardin d’Alfabia, pourtant noté comme un indispensable dans tous les guides. On s’entend, j’adore les jardins, je ne louperai ja-mais un jardin botanique. Bah celui-là, si l’entrée avait été à 3 euros, j’aurais trouvé ça cool, mais à 7,5 euros, je suis dubitative.
  • Valdemossa : non, je comprends toujours pas la hype. C’est un village somme toute tout à fait banal.
  • La route de la Sierra Tramuntana, elle est sympa, mais idem, un peu partout dans le monde (je pense par exemple aux routes de la Grazalema ou même du Bugey, tiens), j’en ai vu de plus jolies.
  • Le Port d’Alcùdia est, en toute sobriété, ma définition de l’enfer sur terre. Mais je vous laisse découvrir quand vous y serez, car comme je vous l’ai dit, faut pas écouter les blogueurs voyage.
  • Formentor, c’est sympa, mais il faut avoir la foi, quand, hors saison, il y a des centaines de cyclistes, de bus touristiques et de voitures qui se suivent à 20 km/h sur des routes tortueuses.
  • Le parc naturel de s’Albufera, que j’attendais avec impatience. C’est cool de regarder les oiseaux pendant 30 minutes, mais le parc est vraiment petit et n’est pas extraordinaire. Cependant, c’est la meilleure chose à faire au Port d’Alcùdia.

Vu que malgré tout, je ne suis pas trop vache (meuh), je vous laisse une petite liste d’endroits qui m’ont subjuguée (bon, c’est peut-être un mot fort, on va dire d’endroits bien cool) à Majorque. À noter qu’au mois de mai, dans une période où les Germains n’avaient quitté la Germanie que par milliers et non par millions, nous étions relativement tranquilles :

  • La vallée de Sóller, magnifique. Les champs d’orangers et de citronniers laissaient une odeur délicate dans l’air, et le vert des arbres contrastait avec le bleu pur du ciel. L’ecovinyassa de Sóller était une chouette (mais coûteuse) visite, si tant est qu’on s’intéresse à la culture des orangers. Car il n’y a que des orangers.

  • Le port de Sóller est superbe, surtout en fin de journée. Hors saison, il est si agréable de se promener le long du front de mer !

  • Alcùdia, un village médiéval où nous avons passé presque une semaine. Quand les cars de touristes partent, le soir, le village médiéval est doux et désert.

  • Fornalutx est vraiment l’un des plus beaux villages de Majorque, à mon avis.
  • La cala Mondragó, d’un bleu turquoise irréel, est superbe. Quand il n’y a pas trop de yachts qui barrent la vue…

  • La finca Son Real (la visite est gratuite, c’est suffisamment rare sur l’île pour être noté) et propose de superbes balades jusqu’à la mer, en particulier jusqu’à la nécropole du même nom. Ce site est émouvant et magique.

Je ne sais pas bien conclure cet article, si ce n’est qu’il y a toujours un envers du décor, un peu dans toutes les destinations touristiques. Il ne faut pas virer parano, mais écoutez avant tout votre coeur (cette conclusion est sponsorisée par Disney©, donc). Je ne sais toujours pas comment éviter la déception dans les voyages, je pense en réalité qu’elle est inévitable, que ça vienne objectivement de la destination ou que cela vienne de soi. Et c’est pas si grave, finalement, c’est juste que personne n’aime en parler !

6 Commentaires

  • Répondre
    Mordue de voyages
    1 juillet 2019 at 23:54

    Ton article est parfait! Oui on a le droit d’être déçus en voyage et ca fait du bien de le lire!

    • Répondre
      isa
      2 juillet 2019 at 08:51

      Je ne sais pas s’il est parfait car il a été écrit au fil de la pensée, mais merci beaucoup pour ton commentaire, il me fait plaisir !

  • Répondre
    Zhu
    2 juillet 2019 at 00:27

    Comme toi, je lis en fait très peu de blogs de voyage, principalement parce que j’en ai ras le cul de lire « … et merci XYZ de m’avoir offert la chambre et le voyage ». Quand je trouve quelques rares perles pas trop sponsorisées, je suis surtout fan des récits, quelle que soit la destination : je n’utilise pas les blogs (ou les guides) pour planifier mes propres voyages, mais plutôt pour me mettre dans l’ambiance. Does it make sense? Idem pour les blogs des expats. Par exemple, le Japon n’est pas trop sur ma liste des endroits qui me tentent (eh, Japon ou Chine, en général on choisit son camp :lol:), mais je peux suivre avec énormément d’intérêt les tribulations de voyageurs au Japon ou les vies d’expats au Japon, c’est le fond qui me passionne.

    Bref… Je n’ai jamais compris le « hype » autour de certains endroits non plus. Tiens, désolée de mettre cette ville ici, mais Montréal. On s’entend sur le fait que Montréal est une super ville, y’a plein de trucs à faire, etc. Là où je ne suis plus, ce sont les touristes ou expats qui sanctifient TOUT à Montréal. Oui, ceci est un fast food. Oui, c’est assez commun, ma foi. On peut survivre sans avoir goûté à la poutine, je vous assure. Bref, la fascination pour Montréal me « dérange » parce que le hype devient trop fort, et je me dis qu’il va y avoir des gens déçus, que ce n’est pas très sain de promouvoir autant cette ville auprès des touristes français. J’ai vécu ça un peu avec la Thailande. Je n’avais pas entendu un seul avis négatif, c’était censé être bon marché, super accueillant, backpacker paradise, etc. J’ai trouvé ça cher pour ce que c’était (… sauf si on s’éloigne vraiment des villes touristiques, m’enfin bon, la campagne thai, voilà…), la relation locaux/touristes est pourrie et je n’ai pas trouvé le pays si unique que ça (la Malaysie est plus cool et tout aussi « exotique »).

    Tu as vraiment raison, y’a un mélange right place/right time et l’enjeu des attentes. On change aussi en tant que voyageur! Je n’avais pas du tout aimé le Chili lors de mes deux premiers voyages, mais le pays a changé, pis moi aussi :-)

    • Répondre
      isa
      2 juillet 2019 at 08:50

      Je lis les blogs voyage exactement pour la même raison que toi !! :) Et idem pour le Japon (dont je rêve depuis longtemps mais où je pense que je n’irai jamais). Je comprends tout à fait !
      Tu me fais trop rire pour Montréal. Je n’ai jamais vu de touristes comme ça et heureusement, je pense que j’aurais été très surprise. Montréal c’est une ville très agréable à vivre, mais dispensable à visiter à mon avis.
      Et tu as raison, sur le fait que l’on change. Je n’y avais même pas pensé, à vrai dire, car il n’y a pas de lieu revisité sur lequel j’aurais pu changer d’avis (par exemple, mes 2 visites à San Francisco : même sentiment, idem pour mes 4 visites à Las Vegas). Je vais y réfléchir…

  • Répondre
    Itinera magica
    2 juillet 2019 at 07:51

    Tu m’as fait rire. Je suis très germano compatible mais je saurai ;)

    • Répondre
      isa
      2 juillet 2019 at 08:47

      Si je t’ai fait rire, pari réussi, alors ! ;)

Laisser un commentaire