France

#Aligotrip Sur le Larzac : vieilles pierres, chèvres et désert

Sur le long chemin de la transhumance estivale en direction de l’Espagne, mes parents faisaient parfois le choix d’éviter la Vallée du Rhône, où l’on roulait capot contre capot.

J’étais toujours enchantée de cette décision, car ça signifiait qu’on allait passer par « la jolie route ». La jolie route, c’était celle passant par Clermont, puis par Millau. À l’époque, le Viaduc n’était encore qu’un vague projet, et il fallait tout de même passer au moins une heure dans les rues millavoises (nous n’étions pas les seuls à avoir eu la même idée !) avant de pouvoir enfin filer vers le Sud.
Je me rappelle des paysages d’herbe brûlée par le soleil, ponctués par des roches aux formes impressionnantes. Depuis, j’ai des images du Larzac en tête, qui commençaient à s’estomper, les années passant… Heureusement, cet été a marqué le retour au Larzac, enfin.

Des vieilles pierres templières et un vélorail

Parce que je veux continuer dans les rimes pas tellement riches, je vais commencer par vous parler du Larzac templier. C’est sans doute le 1er attrait touristique et pour être honnête, c’est peut-être un peu trop. Je pense que le Larzac a d’autres héritages historiques au moins aussi intéressants, mais c’est l’époque templière qui est largement mise en avant par les offices de tourisme. Et pour cause, il y a tout de même de nombreux villages qui valent le coup d’œil, et dont le roi est à mon avis La Couvertoirade. Ce minuscule village fortifié est encore plus agréable lorsqu’il est visité entre midi et deux, quand les nombreux cars de touristes (retraités et allemands) ne sont pas encore arrivés. Même en plein mois d’août, à cette heure de la journée, on a la cité pour nous seuls (ou presque). Ce village est remarquable, et la succession de boutiques et de restaurants touristiques ne paraissent même pas hors de propos ni trop tape-à-l’œil : ils ne brisent pas l’ambiance générale des lieux et j’ai quand-même l’impression de me promener dans le temps. Me perchant près du cimetière templier, je profite d’un moment de calme (après le départ d’un groupe de touristes espagnols, et donc par essence, bruyants) pour observer les toits de lauze, les murs de pierre sèches, le ciel bas : un condensé de tous les paysages que j’aime.

La Cavalerie est une autre village fortifié plus modeste, bien moins touristique, et dont les vestiges templiers ont moins bien survécu. Il vaut un petit détour, tout de même, au moins pour prendre un café au sein de ses remparts. J’ai l’impression que La Cavalerie reste plus habité que la Couvertoirade, et qu’il y a malgré tout une vie résidentielle plus intense (si tant est que l’on puisse dire que la vie sur le Larzac soit intense !).

Sainte-Eulalie-du-Cernon est surtout connue pour être le départ de ce qui est aujourd’hui l’attraction régionale (que j’ai d’ailleurs découverte en regardant un épisode de Des Racines et des Ailes) : le Vélorail du Larzac. J’attendais d’en emprunter les rails depuis plusieurs mois, et je n’ai d’ailleurs pas mis longtemps à convaincre mes amis qui m’accompagnaient ! Nous avons opté pour le circuit Les Orchidées, qui nous semblait être un bon compromis, étant donné le temps dont nous disposions.
Un passionné de train a patiemment restauré, au fil des années, une voie de chemin de fer désaffectée. Aujourd’hui, il suffit d’enfourcher un vélo sur rail pour pouvoir observer de magnifiques points de vue surplombant la vallée, en empruntant aqueducs et tunnels !

Ce que je voulais ? Me gaver de paysages magnifiques et profiter de la quiétude du Larzac en bonne compagnie.
Ce que j’ai eu ? Une migraine (et quelques fous rires mémorables).
La balade en vélo était beaucoup trop rapide à notre goût, prenant une grosse demi-heure seulement, presque exclusivement en descente (pas d’effort à fournir, donc ! ce n’est pas là que j’allais suer mon aligot…). À grands regrets, nous arrivons déjà au terminus : nous aurions dû choisir le parcours Le Grand Voyage.
Pour nous faire patienter, un couple d’artistes comédiens et danseurs nous proposent une (longue) chorégraphie, qui n’avait pas beaucoup de sens, d’ailleurs. Qui était un peu étrange, et pas forcément bien exécutée.
Mais cela ne s’arrête pas là ! Nous devons emprunter un train à vapeur pour revenir en gare de départ. Alors que j’attendais avec impatience de faire le trajet retour pour revoir les magnifiques paysages du Larzac, j’aperçois un animateur (que dis-je, j’entends son brouahaha avant même de le voir !). Répondant au nom de Marco, un comédien italien qui se la jouait Roberto Benigni, nous a fait l’honneur de nous accompagner dans le train. De hurler. De rire fort. De surjouer. De mettre de la musique. Un long running gag qui n’en finissait plus, c’était un flot continu. Je sais que beaucoup de gens ont apprécié. De notre côté ? Pas vraiment. Certains enfants se bouchaient les oreilles sur le train du retour. Des bébés hurlaient à cause du BRUIT. Ambiance camping de Palavas-lès-flots (je n’ai absolument rien contre l’ambiance camping, mais c’était improbable de la retrouver ici). Oh, et puis, ce n’est pas comme si Marco en avait profité pour nous offrir des informations pertinentes sur les territoires traversés… Le résultat ? Nous sommes sortis du train de retour bien plus tendus qu’en enfourchant notre vélorail. Ce n’était pas vraiment l’objectif de l’après-midi !

Pour finir ce tour des cités du Larzac, direction Nant, qui est le plus gros bourg du coin, au croisement de deux mondes complètement différents : le plateau du Larzac et les gorges de la Dourbie, qu’Itinera Magica a d’ailleurs tant aimées. La Dourbie est une rivière absolument charmante (mais plutôt fraîche !). Les gorges de la Dourbie sont superbes, et me font (encore une fois…) penser aux paysages sud-ardéchois. La vallée est recouverte par la forêt dense, elle est verte et sauvage. Le contraste avec le Plateau du Larzac, à seulement 10 minutes de là (en prenant un chemin de traverse) est particulièrement saisissant ! Se tremper les orteils dans la Dourbie est un arrêt incontournable après s’être ravitaillé à Nant (notamment en excellentes madeleines de la Maison Auger).

Le viaduc de Millau et Peyre

Millau, d’ailleurs, n’a pas l’air d’avoir beaucoup changée. Je n’ai pas particulièrement eu envie de m’y arrêter, et j’ai filé en direction du village troglodyte de Peyre, creusé dans la roche, le long du Tarn. Le village est très mignon, et les vues sur le Viaduc de Millau sont panoramiques ! C’est presque un cliché de petit village français : il y a des confitures en vente libre (il suffit de glisser quelques pièces dans une tirelire à côté du présentoir), une église troglodyte désacralisée, et même des toilettes publiques troglodytes décorées et propres (non, je retire ce que j’ai dit, ça, c’est pas typiquement français). Il y a bien des rapaces qui nichent sur la falaise surplombant le village, mais c’est plutôt des fées ou des lutins que l’on s’attend presque à croiser, à Peyre. C’est pourtant un tyrannosaure qui montait la garde…

Des paysages désertiques, des chèvres et du pastis

Des chaos rocheux, des maisons troglodytes, un paysage aride : vous avez mon combo gagnant. En arrivant sur le Larzac, je suis aux anges ! Les paysages de désert sont sans doute ceux que j’aime le plus au monde, et, à sa façon, le Plateau du Larzac en est un. Désertique ne veut pas dire vide : on voit toujours une route, une clôture de barbelés ou une petite maison de pierres au loin. Pourtant, je me sens isolée, et c’est une sensation que je savoure. Au camping, je me sens bien : tous les soirs, nous dégustons une bière locale sous la lumière dorée du soleil laissant place à celle, plus timide, des étoiles… je n’ai pas besoin de plus. Retrouver la voie lactée est toujours un bonheur, chaque été, même si elle est plus timide que dans le Lot. Le causse n’est pas dépourvu de forêts, et, de temps en temps, la fraîcheur des pins nous protège du soleil encore mordant, même l’été bien entamé. Les paysages, vous l’aurez compris, sont superbes. La roche me ressource tant que je guette les cheminées de fée et les chaos le long du GR 71. À chacune ses lubies…

Nous croisons des locaux, installés depuis longtemps ou nouveaux arrivants, qui donnent l’impression de partager le même amour pour ce territoire, et les mêmes valeurs, aussi. De vieux panneaux à moitié détruits rappellent, le long des routes (en particulier celles situées en bordure des terrains militaires), qu’une lutte a fait rage sur le Larzac, dans les années 70, une bataille entre deux mondes, entre deux idéaux.

Crédit : GERARD FOUET / AFP

Aujourd’hui, je n’ai pas vu un seul supermarché franchisé sur le Larzac. Il y a des épiceries et des coopératives. Et tant mieux, non ? Il y a des chèvres, par contre, et quelques moutons, ça, c’est moins surprenant. Il y a aussi du pastis, dans le hameau des Homs. Un couple de jeunes ingénieurs agricoles a repris l’exploitation de la Ferme des Homs en 2016, et font pousser,sur 40 hectares, diverses plantes aromatiques qu’ils transforment en pastis, vinaigres et autres liqueurs… que l’on peut goûter et acheter sur place, dans une mignonne petite boutique. Tout est d’ailleurs excellent ! Le Plateau du Larzac a beaucoup d’atouts, et je n’ai pas eu l’impression qu’il se dépeuple comme d’autres coins de l’Aveyron, bien au contraire…

La petite semaine de vacances se termine, il faut déjà partir vers le Nord, retourner vers la civilisation, le bruit et la canicule… Mais c’est pas grave, j’ai vu des rochers et de l’herbe sèche !

Quelques bonnes adresses :

  • L’éco-camping du Larzac, dans un superbe cadre, au calme, qui dispose d’emplacements, de yourtes et de petites cabanes en bois. Elles sont très bien isolées du froid et de la chaleur, et le lit très confortable ! Un bon compromis pour ceux qui aiment la nature, mais qui veulent éviter la toile de tente. L’accueil des propriétaires est très agréable. Seul bémol : les sanitaires qui mériteraient d’être plus accueillants et intimes.

  • Pour les amateurs de pastis ou ceux qui cherchent un petit cadeau à ramener, détour à la ferme des Homs !
  • Je ne sais pas trop si je dois vous conseiller le Vélorail du Larzac, mais l’infrastructure et les points de vue sont quand-même très chouettes.
  • Dans tous les commerces, vous serez si bien accueillis ! Petit clin d’œil à l’épicière de Sainte-Eulalie, qui tient une bonne adresse où se ravitailler !
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8 Commentaires

  • Envoyer Pauline 25 octobre 2017 at 13:51

    Aaaaah Millau avant le viaduc, ça me rappelle des souvenirs ça, c’était tellement galère de traverser la ville !
    Tu m’as donné envie de retourner voir La Couvertoirade et d’aller marcher dans le Larzac à la rencontre des chèvres !
    Merci pour cette balade Isa :)

    • Envoyer isa 31 octobre 2017 at 12:17

      Ca l’est finalement toujours, galère, de traverser cette ville :D Mais heureusement, rien à voir… Bon retour au Larzac ! :)

  • Envoyer Zhu 26 octobre 2017 at 02:38

    C’est sympa de mettre des photos sur un coin de France connu surtout de réputation (enfin, le « surtout » n’engage que moi!) Ces paysages sont déroutants… je ne les place presque pas en France!

    Je t’imagine trop enfant contente de prendre « la jolie route » :-) C’est mignon comme souvenir!

    • Envoyer isa 31 octobre 2017 at 12:16

      Et encore, je trouve que cette année, les paysages étaient moins secs que dans mes souvenirs ! C’est clair que c’est une petite parenthèse au milieu de nulle part, mais bien ancrée en France (rien que les coopératives fromagères de partout… miam !!) :)

  • Envoyer Magouille 29 octobre 2017 at 14:08

    Je ne connais pas du tout ces coins pourtant *connus*. Ton article m’a rendue curieuse. Merci pour ces découvertes ! (J’aime beaucoup tes photos avec la biquette et les herbes sèches ; ça sent bon l’été :) )

    • Envoyer isa 31 octobre 2017 at 12:14

      Merci pour ton commentaire ! :) Bon, alors, y’a plus qu’une chose à faire : tous au larzac !

  • Envoyer Cecile 31 octobre 2017 at 09:27

    Et bien moi j’adore ton article. Je n’ai fait que passer par le Larzac mais tu me donnes très très envie d’y poser nos valises. Vous y avez passé combien de temps ?

    • Envoyer isa 31 octobre 2017 at 12:14

      5 nuits ! 3 sur le plateau, 2 plus proche des gorges de la Dourbie. Et on a la sensation de ne rien avoir vu… Une semaine n’est clairement pas de trop ! Merci pour ton gentil commentaire :)

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