États-Unis Le Vieux Sud & le Texas Tour USA 2012

Savannah, la Belle du Bal

19 mai 2015

Savannah est la ville du Sud par excellence, celle dont j’avais toujours rêvé, en lisant puis voyant Minuit dans le jardin du Bien et du Mal. Savannah m’évoquait les nuits torrides, la moiteur du Sud, les grands manoirs décrépits. Force est de constater que je n’ai pas été déçue…

Je n’imaginais pas Savannah aussi grande. Par contre, je l’ai toujours imaginée aussi majestueuse. Les rues bordées par des arbres recouverts de spanish moss sont régulièrement interrompus par des squares, presque systématiquement décorés de fontaines et statues. Il suffit de s’asseoir quelques minutes sur un banc et se laisser bercer par le bruit de l’eau ou du vent dans la mousse… Savannah est apaisante. Étouffante, aussi, en fonction de l’heure de la journée.

laurelgrove-savannah

Se perdre dans les cimetières

J’ai toujours adoré les cimetières américains, ils sont toujours très verts, très arborés, et tellement paisibles. Rien à voir avec nos cimetières français, entre 4 murs de béton et recouverts de ce gravier blanc dégueulasse. Les cimetières américains vivent, il y a des animaux, des fleurs, des arbres.

Sur les conseils de For 91 Days in Savannah, au lieu de me diriger vers le très célèbre Bonaventure Cemetery, j’ai parcouru le Laurel Grove Cemetery, qui est partagé en deux parties distinctes : au Nord, le cimetière des blancs (soldats, notables, paysans, peu importe leur confession) et au Sud, le cimetière des noirs. Plus précisément, le cimetière des esclaves.

laurelgrove-savannah2

Les cimetières se situent dans la partie pauvre (comprendre, noire) de la ville. Mon hôte m’a dit que certaines parties de la ville ne sont pas sûres, or, dans ce cas-là, la seule chose que vous risquez vraiment, c’est de vous faire attaquer par des fantômes. En parlant de fantômes… les cimetières sont absolument obsédants, ils semblent à la fois paisibles et hantés, surtout quand on sent un petit vent frais dans la nuque, ce vent frais qui fait frémir la spanish moss

Partir au large : Tybee Island

Si vous disposez d’une voiture, je ne peux que vous recommander de passer une soirée au large de Savannah. C’est là-bas que l’on comprend réellement la magie du Sud. Tybee Island est accessible par une belle route droite, pourtant peu fréquentée dès que le soleil se couche. En traversant les marais, on entend le bruit assourdissant des animaux locaux que je ne saurais ni ne voudrais identifier. Ce sentiment de bout du monde est incroyable.

tybeeisland

Photo trouvée sur Shutterstock : j’étais trop subjuguée par l’ambiance des lieux pour me munir de mon appareil

J’arrive enfin au restaurant, le Crab Shack, où je dois éviter de marcher sur les innombrables et minuscules grenouilles. Impossible de manger en extérieur, les moustiques sont trop agressifs ! C’est donc dans un coin, avec vue sur le bras de mer, que je m’installe pour déguster les fruits de mer locaux. Impossible de ne pas tomber amoureux d’un tel endroit… C’est la beauté unique du Sud.

La Belle endormie

Mon hôte, jeune musicien originaire d’Atlanta, ne cessait de me dire que Savannah était une ville endormie : peu de culture, et surtout, trop de « old money » comme il l’appelait. Savannah a effectivement l’air de ne pas avoir bougé depuis la période d’or du Sud (comprendre la période esclavagiste…), et les beaux manoirs semblent tout simplement être restés entre les mains des mêmes familles. Les familles blanches, bien sûr.

savannah-centre

Mon sentiment sur la ville est mitigé. Savannah est indéniablement une des plus belles villes américaines, mais je n’ai pas réussi à m’y projeter (d’habitude, à chaque fois que j’adore une ville américaine, je m’imagine y vivre !). J’ai trouvé la ségrégation à Savannah encore plus forte que dans d’autres villes. Il y a un quartier blanc, un quartier noir. La ville des manoirs, la ville des projects (HLM). Le contraste est très fort. J’ai été mal à l’aise.

Savannah reste une ville sublime, qu’il faut parcourir sans avoir de carte ni rien de prévu. Il est agréable de faire des haltes régulières pour en observer ses habitants. La vie va à son propre rythme. Savannah est lente, majestueuse, elle a vécu. Il est difficile de la pénétrer, contentez-vous donc d’être un de ses passagers…

Quelques conseils :

  • La gare Amtrak ne se trouve pas à proximité immédiate du centre-ville, je vous conseille de prendre un taxi (et donc, de prévoir cette dépense).
  • Si vous le pouvez, ne logez pas à l’hôtel mais plutôt chez l’habitant (AirBnB, Couchsurfing, BnB…) : les manoirs historiques sont sublimes, j’ai adoré pouvoir les découvrir de l’intérieur et y séjourner pendant une petite semaine.
  • Le centre-ville n’est pas très animé et les bars et restos sont relativement peu nombreux. Pour goûter à la Southern Cuisine à budget réduit, direction le Lady’s and Son : 15 $ le buffet à volonté. Ce n’est pas le meilleur poulet frit du Sud, mais il n’y a rien à dire pour le prix. La tarte à la noix de pécan est, en revanche, sublime, et je vous conseille de ne pas manger pendant 2 jours afin de la finir.
  • Attention aux moustiques : ils sont extrêmement voraces. En été, les orages sont diluviens et peuvent vous surprendre. Les après-midi sont couverts et désespérément moites…

14 Commentaires

  • Répondre
    Zhu
    2 septembre 2012 at 01:25

    Super photo, ça permet d’avoir une idée de quoi tu parles (ce qui est totalement le but, on est d’accord, master of the obvious I am :lol:).

    Rien que le nom de la ville fait majestueux je trouve!

  • Répondre
    Mzelle-Fraise
    19 mai 2015 at 13:33

    Encore une destination qui donne envie :) ton hôte était sur airbnb ou tu as fait du couchsurfing ?

    • Répondre
      isa
      19 mai 2015 at 14:29

      AirBnb ! J’avais presque un étage pour moi toute seule, pour quelque chose comme 30$ la nuit… Dans un beau vieux manoir avec baignoire à pieds ! On ne peut pas dire que je regrette mon choix :D

  • Répondre
    Bertille
    19 mai 2015 at 15:01

    Cette ville est depuis longtemps sur ma To Do list, peut-être à l’automne :)
    Il y a trop d’endroits à faire aux US, le choix est difficile !
    Joli récit, merci.

    • Répondre
      isa
      19 mai 2015 at 15:05

      Merci pour ton commentaire, Bertille !
      J’espère que les orages sont moins nombreux passés la fin du mois d’août (j’ai encore les os mouillés rien que d’y penser…)
      Savannah est vraiment à voir, même si j’ai un gros faible pour sa voisine du Nord (j’y reviens bientôt !)

  • Répondre
    Zhu
    20 mai 2015 at 02:21

    Rien que le nom me fait rêver :-)

    Je reste perplexe, encore une fois, devant cette question de la ségrégation. Ça me paraît tellement… anachronique maintenant, tellement loin, alors que visiblement pas du tout. Une page que les USA n’arrivent pas à tourner complètement, on le voit et on le constate dans les nouvelles. Remarque on n’est pas mieux avec les anciennes colonies…

    • Répondre
      Isa
      20 mai 2015 at 14:02

      Je crois que c’est une problématique je ne comprendrai jamais vraiment… Ceci dit, en y réfléchissant bien, le partage spatial des villes a toujours été très communautarisé, en Amérique du Nord. Mais dans le Sud, c’est bien plus que ça (surtout quand tu vois tous les drapeaux confédérés dans le cimetière…). :(
      Et c’est clair que tous les pays occidentaux, quels qu’ils soient, ne sont pas exempts de reproches. :(

  • Répondre
    monsieur Win
    27 mai 2015 at 07:07

    merci pour la découverte. C’est vrai qu’il doit y avoir une réelle ambiance dans cette ville. Ca l’air très particulier.

    Pour ce qui est de la ségrégation (je pense qu’on peut encore employer ce terme malheureusement) c’est sans commune mesure avec ce qu’on peut connaître chez nous. Pour m’être documenté un peu sur les projects américain en comparaison avec nos HLM, c’est assez effrayant les clivages que l’on peut rencontrer et les écarts de pauvreté. The Wire donne une assez bonne vision de ce que ça peut donner dans une ville comme Baltimore.

    Du peu que j’en ai vu à Miami, j’avais été choqué par la difference entre la richesse affichée sur Miami Beach et la pauvreté visible de certains quartiers plus centraux.

    • Répondre
      isa
      27 mai 2015 at 10:35

      Effectivement, ton point de vue de spécialiste sur le sujet fait que je te fais entièrement confiance !
      Ce qui est très choquant dans les villes américaines (et c’est ce qui fait que je n’ai jamais aimé la Californie), c’est l’écart des richesses. En Europe, à Londres, par exemple, on le sent bien, mais c’est sans commune mesure, je pense. La pauvreté n’est pas plus enviable en Europe, c’est évident, mais elle est encore plus difficile à encaisser quand tu vois tous ces gens incommensurablement riches à côté… :-/
      J’avais vu plusieurs reportages sur Miami, dont un sur les SDF de la ville (parqués sous des ponts par la mairie) et oooooh mon dieu…

      • Répondre
        monsieur Win
        6 juin 2015 at 09:22

        Je me souviens m’être retrouvé, à Miami, en quelques mètres d’un lotissement cossu avec de beaux palmiers dans le jardin, à un quartier à la limite du bidonville, avec des miséreux (pas d’autres autres mots) faisant la manche en fauteuil roulant au feu rouge. Je me suis senti très mal à l’aise dans ma grosse Mustang de location… :/

  • Répondre
    Virginie
    19 janvier 2016 at 21:02

    On y va fin février en train :) Je passais par là car je me souvenais que tu avais écrit un post sur cette ville et c’est bon, merci, hasard ou pas, tu as répondu à mes questions, merci!

  • Répondre
    Virginie
    20 janvier 2016 at 16:51

    En (re) passant, je fais en ce moment un travail sur Jefferson Davis, plus particulièrement sur la légitimité, non pas de la Confédération, mais du droit aux états à faire sécession en 1981. La Constitution est basée sur les Lumières et lorsqu’on la lit telle qu’elle était après les 10 amendements Bill of Rights de Thomas Jefferson/Madison ratifiés en 1791, on peut voir que Lincoln ne pouvait absolument pas abolir l’esclavage et qu’il a fallu batailler très très fort pour faire passer le XIIIème amendement qui permettait le XIV, puis enfin le XVème. Cette Constitution, c’est du vent. Plus j’étudie l’Histoire des États-Unis, plus je comprends le monde d’aujourd’hui certes, mais plus j’avance, plus la phrase de Shakespeare reprise par le sudiste William Faulkner dans « Le Bruit et la Fureur » résonne dans ma tête. En fait, pour moi, c’est tout à fait ça l’Histoire des États-Unis : « It’s a tale, told by an idiot, full of sound and fury, signifyng nothing » :)

  • Répondre
    Virginie
    20 janvier 2016 at 16:53

    Mouahaha, lapsus… Lire évidemment 1861, pas 1981! Quoi que ça ne change pas grand chose, les états auraient le droit à faire sécession, ou pas. Tout dépend de qui siège à la Cour Suprême au moment de la lecture constitutionnelle..

    • Répondre
      isa
      26 janvier 2016 at 11:40

      Je suis tellement tellement (tellement d’accord) avec toi sur la sainte constitution…

Laisser un commentaire