Chouchous France

Senteurs printanières de la Côte d’Azur

5 juillet 2018

Mon sens le plus développé a toujours été l’odorat. C’est d’ailleurs un vieux poncif que de dire que c’est le sens qui nous ramène le plus facilement en arrière, vers nos souvenirs d’enfance.

Une semaine de vacances a été l’occasion de retourner sur la Côte d’Azur, que je n’avais pas visitée depuis 8 ans. Avec Le Lavandou comme base de départ, je suis retournée sur certaines des traces de mon enfance, et j’ai marché sur de nouveaux chemins.
Si la météo a été plus que mitigée et nous a même incité à couper court à notre séjour, cette semaine a été ressourçante, et c’est exactement ce que je lui demandais. Si la saison des mimosas était déjà passée de plusieurs semaines, mes sens ont été largement sollicités par les dizaines de fleurs printanières s’épanouissant sur les massifs côtiers entre Toulon et Saint-Tropez. Je vous propose donc une balade olfactive sur la Côte d’Azur…

Le Lavandou et l’oranger du Mexique

Une arrivée très tard le soir, après avoir essuyé les classiques bouchons de l’A7 (et s’être perdus au milieu de la garrigue après un moment d’inattention), le Lavandou nous tend les bras. Immédiatement, en descendant de la voiture, l’odeur des haies d’orangers parsemant la ville est saisissante. Doucereuse et enivrante.
La petite ville n’a pas énormément de charme, c’est une station balnéaire des années 60. Il y a pire, cependant : les immeubles hauts sont peu nombreux et le petit centre historique est mignon, tout comme la promenade maritime. Ado, je détestais partir dans des endroits comme ça seule avec mes parents. Je n’ai jamais aimé lézarder sur la plage, et une fois ma provision de livres épuisée, je m’ennuyais terriblement. Où que je sois allée sur la Côte, les magasins de plage étaient les mêmes : maillots de bains, babioles en plastique, glaciers multicolores. J’appréhendais énormément cette époque de l’année, et, adulte, j’ai d’ailleurs évité les stations balnéaires pendant très longtemps. Et puis, récemment, pouvant enfin décider de ce que je pouvais faire, j’y suis retournée. Et j’ai aimé ! Hors-saison, de préférence.
Le Lavandou, en cette période de week-ends prolongés était finalement très animé. Ce sera notre base pour une semaine de randonnées et de découvertes locales, si le temps le permet (spoiler : il ne l’a pas tellement permis).
Il n’y a pas foule de choses à faire au Lavandou, si ce n’est profiter de la magnifique vue mer. Dès que le ciel s’assombrit, le Lavandou retrouve des airs de village-fantôme, pas tout à fait endormi, mais pas tout à fait éveillé par la saison non plus.

Niché sur les hauteurs, Bormes-les-Mimosas est une visite classique du coin. Ce petit village provençal très propret, fort bien entretenu, ne manque pourtant pas d’âme : j’ai l’impression que de « vrais » gens y vivent encore à l’année. Il y a toujours des parties de pétanque sur la place de l’église, des chats qui se baladent dans les ruelles pentues en véritables maîtres des lieux et une vraie vie de village. Bien sûr, l’été, il est difficile de se frayer un chemin entre les petites boutiques toutes plus colorées les unes que les autres, mais ça tombe bien, nous ne sommes pas venus en été, cette fois-ci. Le Jardin Botanique en terrasses est lui presque toujours désert et vaut le coup d’oeil, pour humer les senteurs du printemps.
Il est hélas beaucoup trop tard dans la saison pour être ébloui par la lumière des mimosas, mais mes quelques voyages dans le coin pendant les vacances de février me laisseront à tout jamais leur odeur poudrée dans un coin du nez !

Le Domaine du Rayol et l’eucalyptus

La senteur de l’eucalyptus, en plus d’être objectivement sublime, a le don de me rappeler les après-midi pluvieuses passées sur l’emplacement de mobil-home de mes grands-parents, à Ramatuelle. J’attendais presque les jours de pluie (rare et avare) pour me saouler avec l’odeur des feuilles d’eucalyptus géants, revigorante, fraîche et mentholée. Je jouais à en collectionner les plus belles pour mon herbier (coincé entre les pages d’une encyclopédie, aujourd’hui perdue dans la nature). Je collectais également les pommes de pin alentour pour en extraire les pignons et les dévorer comme un petit écureuil (munie d’un caillou, faute de dents efficaces – révélation : je ne suis pas un rongeur). Ce camping était un immense terrain de jeu, en toute liberté.

Ce n’est bien sûr pas au Domaine du Rayol que j’ai retrouvé ces sensations exaltantes, mais j’y ai en tout cas retrouvé, une fois de plus, les odeurs de mon enfance. Les jardins du domaine ont été sauvés de justesse de la spéculation immobilière qui fait rage sur la Côte d’Azur. C’est un véritable havre de paix qui offre une visite aussi instructive (pour qui aime les plantes) que panoramique. D’un côté, la mer, de l’autre côté, les montagnes azuréennes. Jardin du Chili, jardin néo-zélandais, jardins africains, jardin australien, et bien sûr, le jardin méditerranéen, mon préféré. Il faut se réserver deux heures de visite pour déambuler au gré des petits chemins, un peu au hasard des tournants. On passe d’une odeur à l’autre, c’est presque enivrant. Ajoutez à cela l’odeur de l’iode laissée par les posidonies échouées sur la plage privée du Domaine mêlée à celle des fleurs de cystes, à moins que ce ne soit celle de la barbe de Jupiter, fleur abondante uniquement sur cette petite portion de territoire… et vous avez une bonne idée de ce que peut être le paradis !

Le sentier des douaniers (Cap Camarat à la plage de l’Escalet) et le pin parasol

J’ai eu la chance, au fur et à mesure des années, de parcourir de nombreux sentiers magnifiques de l’Ouest américain, et, plus jeune, des Alpes. Cependant, le sentier qui est resté le plus ancré dans ma mémoire est le sentier littoral de Camarat à l’Escalet. Eh non, ce n’est pas un sentier littoral breton mais bien azuréen ! Cette balade, vraiment facile et avec peu de dénivelé, vous amène pas à pas vers des paysages très différents les uns des autres, toujours en surplombant la mer, sur la commune de Ramatuelle, depuis le sémaphore de Camarat qui offre des vues panoramiques sur la houle méditerranéenne jusqu’à la mignonne plage de l’Escalet. La mer est souvent d’huile, sauf ce jour-là, seul jour de grand beau temps de notre séjour. C’est impressionnant de voir la Méditerranée se déchaîner !

La Baie de Pampelonne depuis Camarat


L’odeur du pin parasol qui tiédit au soleil est prédominante en début de randonnée, vite remplacée par la subtile odeur de l’iode. Des villas et lotissements de luxe sont dissimulés dans la forêt et il est impossible de ne pas s’en demander le prix. Mais qui sont les gens qui vivent là ?! Les villas ont un accès privé à des petites rades, où, j’imagine que leurs bateaux mouillent pendant la période estivale. Comme dans mes souvenirs, certains sentiers sont strictement interdits aux prolos que nous sommes. Nous n’avons pourtant pas d’autre choix que de les emprunter puisque le passage du Merlier (des marches creusées dans la falaise) est totalement coupé par la houle. Le paysage change peu à peu à mesure que nous perdons de l’altitude, passant des forêts de pins dense au maquis puis à un paysage presque breton de granit rose. Arrivés dans la baie de l’Escalet, un monument en l’honneur du débarquement de Provence nous rappelle cet événement plus méconnu de la 2e Guerre Mondiale.

Ce sentier est l’un des plus variés et spectaculaires qu’il m’ait été donné de faire (pour un effort minime, ce qui ne gâche rien) et il me rappelle toujours des souvenirs d’enfance, où, justement, je le parcourais en famille pendant la belle période de floraison des mimosas.

Difficile d’être dans le coin et d’éviter le village de Ramatuelle, lui aussi très « propret » et touristique, même hors saison. Ramatuelle est perché sur un promontoire rocheux dans la baie de Saint-Tropez et il n’y a que les vignes qui séparent le village de la mer. Malgré sa célébrité, Ramatuelle est encore un vrai village rural, où il est facile de croiser des tracteurs et autres véhicules utilitaires sur la sinueuse (mais sublime !) D93 depuis la Croix-Valmer. La couverture forestière est dense et odorante après l’averse. La visite de Ramatuelle s’effectue rapidement, pas comme le trajet (toujours bouchonné, qu’il fasse nuit, jour, qu’il vente, qu’il neige) en direction de Saint-Tropez.


Je n’ai jamais eu de bons souvenirs de Saint-Tropez. Je me rappelle surtout des nombreux yachts ostentatoires dans son port et la vulgarité ambiante de l’argent qui coule à flot. Saint-Tropez, ce n’est pas un cliché, c’est vraiment ça. Mais ce n’est pas que ça… Entre deux magasins de luxe, il y a de charmantes ruelles colorées, un peu perdues et complètement désertes. Il y a également un joli point de vue depuis le fort sur le cimetière marin et Sainte-Maxime. La baie en elle-même est d’ailleurs spectaculaire. Mais… deux heures à Saint-Tropez, ça suffit amplement et j’ai hâte de retrouver la simplicité du Lavandou. D’autant plus qu’aujourd’hui, il y a une annexe de la pâtisserie offrant les tartes tropéziennes originelles même au Lavandou. On ne va donc pas s’éterniser, quel est l’intérêt ? ;)

Porquerolles et l’air iodé

Dernier grand plaisir du séjour, une excursion sur l’île de Porquerolles, qui nous faisait envie depuis une semaine (à force de la voir depuis le balcon, forcément…). Hélas, le temps était loin d’être au beau fixe et nous ne voulions pas nous acquitter des 60 euros à deux (arg) de traversée pour se retrouver dans un bar à attendre que l’orage passe.
Sur un coup de tête, en voyant que nous n’aurons une fenêtre de beau temps que d’une poignée d’heures, nous expédions notre café du matin pour nous rendre au port de la Londe. Une petite heure plus tard et nous voilà sur l’île de Porquerolles, si différente de Port-Cros (qui est le paradis des randonneurs, mais qui n’est guère habitée).
Sur Porquerolles, il y a foule. Nous sautons sur un vélo (électrique, je suis pas folle, vous commencez à me connaître) avec l’idée de faire le tour de l’île pendant la journée. Il n’y a presque pas de voitures, sauf les véhicules utilitaires (souvent électriques) des locaux. L’île me semble déjà incroyablement bondée alors que nous ne sommes même pas en période de vacances scolaires et qu’il fait en plus un temps plus que mitigé ! Je n’ose pas imaginer ce que cela peut donner, en été…

A Porquerolles, je ne sens pas d’odeur particulière, si ce n’est peut être celle moins agréable des pesticides fraîchement épandus sur les vignes. Heureusement, lorsque nous nous installons sur une plage idyllique pour reprendre des forces après 2 km éprouvants en vélo électrique, c’est l’odeur d’iode qui reprend le dessus. L’eau est turquoise et il n’y a pas une seule vaguelette pour briser la ligne d’horizon. J’ai l’impression d’être sur une île vierge corse (où je ne suis jamais allée, mais c’est l’idée que je m’en fais). Porquerolles, malgré la foule, est sauvage, surtout sur sa partie est où les falaises grises tombent abruptement dans l’eau. Je ne suis pas rassurée et m’éloigne autant que possible du bord. Une odeur entêtante de curry me chatouille le nez : c’est bien-sûr celle de l’helichrysum (l’immortelle jaune).
Nous enfourchons nos vélos pour découvrir la fameuse plage argentée avant la pluie. Hélas, si la plage est effectivement argentée, la mer est grise et le ciel est gris : étant donné que tout est gris, on ne peut pas dire que nous la trouvions resplendissante.
Une dernière glace pour le chemin et c’est parti pour la navette du retour. J’ai aimé tous les aspects de Porquerolles (plages idylliques, vignes, falaises et montagnes) mais je reste un peu sur ma faim à cause de l’affluence. La prochaine fois, il faudra revenir en février, ou peut-être tenter de visiter la dernière île d’Or que je ne connais pas : celle du Levant !

Du côté pratique :

  • La rando littorale décrite sur Visorando
  • Le Domaine du Rayol
  • Les compagnies de bateau pour se rendre sur les Iles d’Or sont nombreuses, en fonction de votre port de départ. Plus d’infos sur les sites des offices de tourisme de la ville en question (le Lavandou, Hyères, Toulon, la Londe…). Attention, hors-saison estivale, il n’y a parfois qu’un bateau par jour ou un bateau tous les deux ou trois jours.

 

10 Commentaires

  • Répondre
    Magali
    5 juillet 2018 at 13:01

    Une si jolie lecture ! Je suis amoureuse de ce billet :) Je ne connais vraiment pas bien la Côte d’Azur. C’est une belle manière de nous emmener en balade là-bas ! Dommage qu’il n’y ait pas de diffuseur ^_^ C’est fou cette force des odeurs, comme elles sont mystérieusement liées à nos souvenirs, comme on les « capture » sans même s’en rendre compte. Ce n’est pas forcément un poncif de le rappeler. On vit dans un monde d’images et de mots. On tend à se couper de nos sens. Ca fait tellement du bien de s’y reconnecter !

    • Répondre
      isa
      5 juillet 2018 at 14:20

      Merci mille fois Magali !
      Et bien ce sera l’occasion d’y rouler en fourgonnette, alors… Je vous y encourage vivement ! Merci pour ton très chouette commentaire.

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    Pauline
    5 juillet 2018 at 13:39

    Mais quelle beauté cet article ! Tes photos sont tout simplement splendides, ta photo de la mer au Lavandou dégage quelque chose de très fort, ton assemblage autour du Domaine du Royal est juste magnifique … Je ne vais pas passer pas chacune d’elles en revue mais, vraiment, elles sont très belles, chapeau l’artiste ! Et ton texte, cet ode aux odeurs, qui moi aussi me touchent et me marquent beaucoup, … et ben je l’adore ! Merci pour ce bel article, pour cette évasion olfactive, visuelle <3

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      isa
      5 juillet 2018 at 14:20

      Je savais qu’entre amoureuses de fleurs, on allait se comprendre… ;-) La sélection des photos a été plutôt difficiles, j’en ai encore le double ! Il faut dire qu’avec de tels paysages, ce n’est pas difficile d’être inspirée. En tout cas, là, c’est ton commentaire qui me touche !

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    lili
    5 juillet 2018 at 17:14

    Ton article me donne très envie de venir découvrir ce coin de France. Et ces couleurs font un bien fou Un seul mot : Merci !

    • Répondre
      isa
      6 juillet 2018 at 09:28

      Par rapport à la Bretagne, c’est sûr que le littoral est moins sauvage (ça te fera un choc !), mais il y a encore des endroits vraiment préservés :)

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    Lucile
    5 juillet 2018 at 20:06

    Te lire me chatouille les narines et me rappelle ce beau séjour de printemps.
    Merci encore pour la découverte, et ce très beau récit olfactif

    • Répondre
      isa
      6 juillet 2018 at 09:27

      Comme disent les améwicains : anytime !! <3

  • Répondre
    Zhu
    6 juillet 2018 at 04:15

    Je ne te mens pas : au moment où je lisais que tu disais que ton odorat était ton sens le plus développé, j’ai fait la moue, parce que ce n’est pas mon cas. Et puis j’ai continué et tout d’un coup, j’ai senti ces senteurs que tu décrivais! Non, vraiment. Certaines me sont moins familières, mais d’autres étaient là, un truc hallucinant :lol: Et ça fait un bail que j’ai pas senti de la lavande…!

    Le cerveau, ce truc de dingue.

    (J’aime bien le nouveau sous-titre)

    • Répondre
      isa
      6 juillet 2018 at 09:28

      Wahouuu bin c’est exactement ce que je voulais transmettre ! C’est vraiment dommage qu’il n’y ait pas d’odorama… :D

      (merci !! je l’adore aussi)

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