États d'âme Montréal PVT Canada 2020

Retourner vivre à Montréal : 10 ans après

20 avril 2020

Aujourd’hui, je fête deux marqueurs importants dans ma relation avec Montréal : cela fait six mois que je suis arrivée en PVT, et l’hiver 2020 marquait aussi un autre anniversaire : cela fait dix ans que j’ai vécu à Montréal pour la première fois.
Je me suis abstenue de me laisser le temps de réfléchir au cours des six premiers mois de vie à Montréal, tout simplement parce que je n’en avais pas le temps ni l’énergie jusque là.
Mais puisque le printemps arrive pas à pas, le soleil aussi, je me pose un petit peu pour faire un petit bilan à mi-parcours. À noter que je mets volontairement de côté la crise mondiale actuelle dans mes réflexions et pour cet article.

Vue de la ruelle depuis mon appartement en 2010 – Vue de la ruelle depuis mon appartement en 2020

Montréal en 2010 : une vraie libération

En 2010, j’étais jeune (plus que maintenant, en tout cas), et c’était la première fois que je vivais à l’étranger. Après cinq ans d’études enrichissantes, passionnantes mais pas toujours faciles d’un point de vue financier, j’ai sauté sur l’occasion d’obtenir une (maigre) bourse de ma région pour pouvoir effectuer un stage de six mois à l’étranger, dans une association montréalaise. Je connaissais déjà Montréal et j’avais eu un coup de coeur pour la ville, je rêvais d’y passer l’hiver et de profiter de chaque jour ici. Cette ville symbolisait pour moi la liberté, mais aussi une période de transition entre la vie estudiantine et la vie professionnelle : je savais que c’était la fin d’une belle période de ma vie, et je ne savais pas trop ce qui m’attendait ensuite.
J’ai découvert à Montréal plein de choses que je ne recherchais pas : mon indépendance, une nouvelle maturité et surtout une confiance en moi. J’ai toujours été indépendante dans beaucoup de pans de ma vie, mais là, vivre loin, ça m’a juste fait du bien et ça m’a apaisée. Je me suis découverte aventurière (et je ne m’y attendais pas).
Le retour en France a été doux-amer. J’ai adoré commencer ma vie active à Lyon mais Montréal me manquait beaucoup. Vivre ici, ça avait été une bouffée de bonheur. Il y a beaucoup de choses que je n’avais pas aimées de la société québécoise, mais ce qui m’avait marqué, c’est qu’ici, on a la possibilité d’être librement la personne que l’on veut être. Je n’ai jamais oublié ce sentiment, et j’ai toujours voulu revenir ici, pour le ressentir à nouveau, avant d’être obligée de refermer définitivement ce pan de ma vie.

Ce que j’écoutais en avril 2010 – Ce que j’écoute en avril 2020

Revenir à Montréal… dix ans après.

Je n’ai pas vraiment choisi d’attendre dix ans avant de revenir. Mais c’est bien symptomatique de quelque chose : parfois, on laisse le temps filer sans vraiment s’en rendre compte. On a des excuses valables, et on s’en trouve des fausses aussi :

  • se poser, économiser, profiter de Lyon. 2011.
  • un autre voyage au long cours de 4 mois prioritaire sur un PVT au Canada. 2012.
  • une séparation. 2013.
  • postuler au PVT sans succès et partir quand même solo en touriste 3 mois. 2014.
  • économiser, essayer de bâtir une vie professionnelle, et ne pas y arriver. 2014 à 2017.
  • postuler au PVT, l’obtenir, vouloir partir. 2017.
  • avoir des problèmes de santé invalidants. 2018.
  • partir, enfin. 2019.

La vie, tout simplement. Dix ans de vie dont je ne regrette presque rien. Ces dix ans en France ont fait de moi la personne que je suis aujourd’hui, et ces dix ans ont probablement fait que je suis ici aujourd’hui, en train d’écrire de mon canapé, depuis mon appartement de la Petite Patrie.

La Petite Patrie, mon aimant

Pour une fois, ce n’était pas délibéré, au niveau conscient, tout au moins. En 2008, mon tout premier appartement montréalais était dans la Petite Patrie. Et douze ans après, j’y suis à nouveau. Ce quartier, je l’ai dans le sang, dans le coeur. Je ne sais même plus si j’aime vraiment Montréal, aujourd’hui. Ma relation à la ville a changé : je la trouve moins « artsy », moins alternative, moins belle qu’avant. Je la trouve plus fatigante, plus bruyante, plus business, avec tous ces condos qui poussent au centre-ville, j’ai parfois l’impression d’être à Toronto. J’ai changé, moi aussi. J’ai vieilli. J’aspire sans doute à plus de calme et plus de paix. J’aspire sans doute à ne plus être emmerdée pendant deux mois afin de trouver un logement, parce que c’est trop cher, parce qu’il faut trop de références, parce qu’il faut une enquête de crédit. J’aspire probablement plus à avoir la paix.
Mais alors, pourquoi Montréal ? C’était un compromis, un de plus dans ma vie et dans ce PVT. Je ne pense pas que je le regrette, parce que c’est ça, aussi, la vie de couple. Et aussi parce que c’est en ville, à Montréal, qu’il y a du travail ; la problématique est la même partout dans le monde. Si j’étais rentière, je serais partie vivre six mois sur l’Île-du-Prince-Édouard ou en Nouvelle-Écosse pour écrire, rêver, photographier et caresser des ânes… Mais parait-il que je ne suis pas rentière. Je dois aussi d’être dans une ville me permettant facilement de rentrer à Lyon pour recevoir des soins. La vie, c’est une concession, ça arrive, c’est comme ça !

Moi en avril 2010 (Bar Harbor, Maine) – Moi en avril 2020 (Balcon, Montréal)

J’ai retrouvé de belles choses montréalaises : la neige (même s’il n’y a eu qu’une tempête cet hiver) et le silence d’après tempête au jardin botanique (photo de couverture), les déjeuners du dimanche dans les restos du quartier, le Saint-Laurent, mes rues préférées, l’explosion des bourgeons en quelques jours, la multitude d’oiseaux différents, les batailles entre les chats et les écureuils dans les ruelles… Tant de choses que je ne peux vivre qu’à Montréal, même en temps de confinement (bon, sauf le resto).

Et alors, mon bilan des six mois ?

Ces six mois sont passés à une vitesse folle, je n’en reviens toujours pas. Cet hiver a été infiniment long et si court à la fois ! Je n’ai plus de coup de coeur pour Montréal (même si je sais que cet été, ça changera la donne), mais j’aime quand même vivre ici, c’est une belle parenthèse dans ma vie, et j’en profite à fond. J’ai la chance d’avoir cette immense opportunité. Nous avons du mal à nous imaginer qu’il va falloir repartir en décembre, nous n’en avons pas encore envie, nous ne sommes pas prêts. Je ne sais pas du tout ce que ces six prochains mois nous réservent, ni où ils vont nous mener mais s’il y a bien une chose que j’ai compris en dix ans, c’est qu’il ne faut pas se projeter, qu’il ne faut pas anticiper (en bien ou en mal) et qu’il faut se laisser le plaisir de voir les jours s’égrainer un à un.
Que les choses soient claires : je n’ai pas vu passer ces dix ans, j’ai du mal à imaginer que les photos que je croise sur Facebook sont déjà si vieilles, et pourtant ! Je suis tellement plus heureuse aujourd’hui. J’ai parcouru tellement de chemin, parfois beau, parfois vraiment accidenté, et peut-être qu’aujourd’hui Montréal a moins à me faire découvrir sur moi-même et a moins à m’apporter : tant mieux. Ca veut dire que je peux peut-être être celle que je veux être n’importe où, finalement ?

13 Commentaires

  • Répondre
    Katell
    20 avril 2020 at 21:17

    J’aime toujours autant te lire !
    Parfois tu mets, sans le savoir, des mots sur mes propres émotions.
    Je te souhaite une belle suite.

    • Répondre
      isa
      20 avril 2020 at 21:22

      Ca me touche que tu dises ça ! Alors on essayera d’en parler quand on viendra par chez toi, à 3 mètres les uns des autres, et en extérieur, et avec un masque ;-)

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    Maud Papin
    20 avril 2020 at 22:43

    Ce que j’aime de Montréal c’est qu’elle est très imparfaite, nous laissant être nous mêmes très imparfaits. Les belles fresques, les rues trouées de nids de poule, les belles façades, les beaux escaliers, des bâtiments laids aussi, sans personnalité, des bons petits restos, de la junk, et nous dans tout ça, à être qui on veut comme on veut.

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      isa
      20 avril 2020 at 22:58

      C’est une magnifique description de la ville ! C’est ce qui fait que je l’aime, et ce qui fait qu’elle me fatigue aussi !

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    Zhu
    21 avril 2020 at 02:32

    Les deux photos à dix ans d’intervalle sont bluffantes : tu n’as pas changé d’un poil! Ou plutôt, c’est le cas de le dire, juste de couleur de cheveux :-D D’ailleurs, tu m’explique comment tu as les cheveux si lisses et bien coiffés en ce moment??? C’est l’anarchie capillaire à l’échelle mondiale!

    Je pense souvent à toi, je me dis que tu dois vivre un PVT vraiment pas commun… t’avais pas signé pour ça! Mais si on mets de côté la difficulté d’être loin de ses proches en ce moment, d’un point de vue pratique, finalement c’est pas au Canada qu’on est le plus mal en ce moment. Enfin, je dis ça, mais je crois que ça dépend vraiment du quartier et de la ville où on est… je suis consciente qu’il y a plus de monde vers chez toi.

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      isa
      21 avril 2020 at 03:21

      Ahah ! Je ne me l’explique pas, mais depuis le début du confinement, mes cheveux ne poussent plus du tout ! Il doit y avoir un truc psychologique quelque part (je sais pas)
      Non, je partage vraiment ton avis, je pense qu’on est vraiment bien lotis au Canada (et je pensais jamais dire ça ; surtout au Québec) ! Il y a beaucoup de monde dans la rue, mais je feinte et zig zag dans les ruelles ;-)

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    mitchka
    21 avril 2020 at 07:32

    A la lecture de cet article, une chose s’impose : tu dois te reteindre en rousse !! ça t’allait trop bien !

    J’espère que tu vas pouvoir mieux profiter des prochains mois pour rentrer l’âme ressourcée, ce sera bien mérité ….

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      isa
      23 avril 2020 at 14:44

      Deal ! Bon, après ma coloration bleue !

      L’avenir nous le dira, mais je pense que dans les prochains mois, personne n’aura vraiment l’âme ressourcée ! (mon pessimiste parle toujours plus fort)

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    Lucile
    21 avril 2020 at 08:38

    Encore un beau récit, c’est toujours un plaisir de te lire (parfois j’entends ta voix !).
    Tu portes un regard apaisé et apaisant sur ces 10 années. 10 ans quand même. Le temps file vite.

    • Répondre
      isa
      23 avril 2020 at 14:44

      Merci ma belle ! Je n’oublie pas que la découverte de Montréal, il y a plus de 10 ans, c’était avec toi <3

  • Répondre
    Lili
    21 avril 2020 at 08:47

    Je rejoins Mitchka, j’adore la couleur de tes cheveux il y a 10 ans ! Je ne connais pas Montreal et c’est une chouette expérience de pouvoir revenir quelque part après une décennie, toi et elle avez changé, évolué et c’est bien normal.

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      isa
      23 avril 2020 at 14:43

      Merci Lili ! C’est un signe qu’il faut que je me remette au henné, alors…
      Je vois ça vraiment comme une chance immense, et même avec ce qu’il se passe aujourd’hui, j’essaye de profiter à fond de cette nouvelle chance de vivre ici !

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    Guillaume
    7 mai 2020 at 03:45

    La même sensation en revenant sur Montréal et au Québec en général, 12 ans d’attente entre mes études et mon retour . Bcp de choses qui ont changes ( tu as tout dit) et pas forcément en bien je trouves…des prix affolants pour l’immobilier, des taxes, embouteillages monstrueux, plus de foules, et des travaux tout le temps…et une morosité. Bref…ont dévorent ton blog ma conjointe et moi
    Super bien écrit et pas de langue de bois..

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