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Instants de grâce en voyage

9 août 2018

À la question « Quel a été ton voyage préféré ? », je suis incapable de répondre. Pourtant, hier, pendant une nuit d’insomnie-maladie, j’y ai réfléchi et comme par magie, si je n’ai toujours pas pu répondre à cette question, des moments de grâce me sont revenus. Des fois, j’oublie un peu un voyage, pas parce que j’en fais trop, mais parce que les souvenirs s’estompent avec le temps… Et pourtant, certaines sensations restent vives.

La magie de l’Alhambra

Je déteste me lever tôt, pas seulement par manque de goût, mais parce que c’est une vraie violence physique. Depuis que je suis bébé, il faut se rendre à l’évidence : je ne suis pas du matin. Sauf… en vacances, parfois. La contrainte du lever à l’aube, même si elle me stresse tout de même la veille, est quand-même moins insupportable s’il s’agit de partir découvrir l‘une des merveilles d’Europe : l’Alhambra.
L’Albaicyn est encore bien endormi à 6 h du matin. Le bar du coin de la rue n’a d’ailleurs fini son service de nuit qu’il y a une poignée d’heures. D’ailleurs, il fait encore frais lorsque nous descendons fouler le pavé des rues sinueuses du quartier. La fraîcheur, en Andalousie, se déguste lentement… Puisqu’il est trop tôt pour que la navette montant sur la colline de l’Alhambra soit déjà en circulation, il faut monter à pieds. Cela ne fait que 15 minutes que le soleil brille mais le mercure monte déjà considérablement. Ça grimpe fort et chaque tournant nous offre la promesse de l’arrivée. Puis l’Alhambra, enfin. Nous faisons partie des premiers groupes à entrer dans les Palais Nasrides. La beauté et la délicatesse des lieux est telle que je me laisse submerger par l’émotion : il n’y a plus rien à dire.

La première fois dans le Zion Canyon

Je vous vois venir : non, ma première fois était antérieure à 2008, là, je vais juste vous parler de ma première fois à Zion !
J’avais décidé de caser la visite de Zion National Park au coeur d’un voyage de 5 semaines qui m’aura amenée à Montréal, dans le Maine, à San Francisco et à San Diego. L’itinéraire était un peu irrationnel : je voulais aller aux États-Unis, et je voulais aller précisément dans les endroits dont je rêvais depuis gamine. Sauf que si j’avais lu pas mal de bouquins sur le canyon country au fur et à mesure des années, je n’avais pas spécifiquement rêvé d’aller à Zion. Comme diraient les Américains : oh boy, was I wrong!
Après un cours vol depuis San Francisco puis une navette jusqu’à St. George, me voilà dans la voiture d’un ami vivant dans le canyon de Zion. En plein mois de juillet, j’ai été immédiatement soufflée par la chaleur incroyable qui y régnait, je n’avais jamais connu ça avant. Mais ce qui m’a surtout sauté aux yeux, c’est cette lumière douce et dorée de fin de journée.
La route de St. George à Zion est belle et sinueuse. Je n’ai aucune idée du temps de trajet avant d’arriver à bon port, et je me laisse porter par mille questions en mauvais anglais à mon guide local. Le dernier tournant arrive, et voilà, nous arrivons sur le plateau de Zion. Les falaises rougeoyantes se rapprochent, promettant un canyon quelques kilomètres plus loin. C’est tout simplement magique, et je ne peux pas détacher mes yeux de la fenêtre. Tout m’est inconnu : les couleurs ocres, rosées, dorées. La végétation, sèche, torturée, ratiboisée. Le contraste entre les rouges de la roche, le bleu foncé du ciel et le vert pétant des vergers. J’ai le coup de foudre. Je savais au fond de moi que je reviendrai à Zion, et que je reviendrai découvrir toutes les splendeurs de l’Utah un jour. Deux ans plus tard, quatre ans plus tard, six ans plus tard, je suis toujours revenue et on peut dire que je tiens mes promesses. Cet amour est celui qui a duré le plus longtemps, dans ma vie, et qui ne s’estompe toujours pas aujourd’hui.
Je pourrais citer encore une centaine de moments de grâce en Utah, car c’est là où j’en ai le plus vécu. À chaque fois que j’y rencontre un animal, à chaque fois que j’arrive à Fruita (Capitol Reef) et à Torrey, toutes les nuits isolée sous ma toile de tente dans la nature et toutes ces soirées où la chaleur brutale laisse place à la froideur de la nuit.

La beauté des nuits noires du Lot

Il n’y a pas besoin d’aller à l’autre bout du monde pour connaître ces instants de grâce. Je sais que c’est un poncif, mais plus le temps passe et plus j’ai le plaisir de l’expérimenter. Cela fait 5 ans que je passe mes étés en France et j’ai bien l’intention de continuer ! Le petit village où je me rends presque tous les étés dans le Lot n’en est même pas un. Je ne sais pas si on peut même le qualifier de hameau. Tous les soirs, la nuit est noire, et tous les soirs, les étoiles sont légions. Il suffit de quelques centaines de mètres de marche pour se retrouver sur la colline, un petit promontoire idéal au milieu des vignes, pour passer la nuit avec les Perséides.

Se retrouver face à soi-même en Colombie-Britannique

En 2014, j’ai voyagé seule pendant quelques mois en Amérique du Nord. Sortant d’une période très chaotique de ma vie, me retrouver avec moi-même n’a pas toujours été simple tout au long de ce périple. Pourtant, il y a eu des moments de grâce. Je pense à ce moment si étrange, au milieu de la nuit, dans le train me menant de Jasper (Alberta) à Vancouver (Colombie-Britannique). Jusque là, j’avais trouvé le paysage très monotone (sapins, cascades, sapins, sapins, sapins… pas mon truc). Mes paupières se sont fermées peu à peu, jusqu’à me réveiller plusieurs heures plus tard. J’ai entrouvert un peu les yeux et je m’attendais à ne rien voir d’autre que du noir profond; et pourtant, ma vitre était inondée de petites lumières au coeur de la nuit. J’ai trouvé ce mirage si beau, et j’ai senti s’envoler un poids sur mon coeur. Je savais à ce moment-là que tout allait bien se passer.
J’ai même pris ce moment en photo…

New York, New York

J’ai une relation ambivalente avec New York City. J’y ai aujourd’hui séjourné 3 fois, pour un total de 2 semaines et demi. J’ai eu le temps de découvrir non seulement Manhattan, mais aussi Brooklyn et le Queens. J’ai la chance d’y avoir des proches, donc je sais que je vais y retourner. Seulement, je n’ai jamais eu de coup de coeur pour New York (comme j’ai pu en avoir un pour Chicago, Seattle ou la Nouvelle-Orléans). New York est belle, unique au monde, intrigante, c’est indéniable. Mais elle ne me touche pas toujours.
Cependant, c’est New York qui m’a offert la plus forte émotion que j’aie pu ressentir en voyage. Traverser jusqu’à Staten Island avec le ferry de transit urbain puis revenir sur Manhattan : une astuce classique de touristes. L’aller s’est fait sous le soleil couchant, c’était déjà sublime. Le retour, en revanche, était en plein milieu de la nuit. Depuis la proue du ferry, je voyais les lumières des gratte-ciel de Manhattan se rapprocher. La statue de la liberté à gauche, l’autre rivage à droite. J’ai eu le souffle coupé. Et pour la toute première fois, j’ai été émue par ce tableau jusqu’à en pleurer.

Et puis Montréal

Je ne peux pas finir cet article sans parler de Montréal. Vous savez à quel point j’ai cette ville dans la peau, plus que toute autre au monde. Quand j’y pense, mon coeur se serre, quand je m’y imagine, je suis nostalgique, triste, heureuse. Cette ville me bouleverse toujours autant. J’ai laissé mon coeur dans la Petite Patrie. Et je me souviens de ma 1re traversée du Saint-Laurent, je me souviens de ce que j’écoutais à ce moment-là. Je me souviens de ma 1re visite du Jardin Botanique. Je me souviens de la chaleur humide et des orages violents de milieu d’été. Des trottoirs en béton, des briques orangées, des bruits d’enfants jouant dans les ruelles, de la clameur pendant les matches de roller derby, du goût sucré de la tarte aux pacanes sur les lèvres, de la porte d’entrée qui claque pendant les tempêtes de neige, du froid saisissant, du temps qui passe vite puis lentement, de mes premiers pas d’indépendance.
Je me souviens surtout de ce coup de foudre pendant ma 1re balade dans la Petite Italie il y a 10 ans avec des personnes géniales. Certaines d’entre elles sont toujours lovées près de mon coeur.

4 Commentaires

  • Répondre
    Cedric
    9 août 2018 at 22:29

    C’est beau tout ça (et à cause de toi, j’ai des envies de Canada).

    • Répondre
      isa
      10 août 2018 at 07:22

      Rhooo depuis l’année passée, j’ai surtout l’impression que tu as tout le temps des envies de Canada, je plaide non coupable ! :D

  • Répondre
    Pauline
    10 août 2018 at 08:25

    Il est bon ton article, il est doux, mélancolique et joyeux, encore une petite merveille. Merci pour ce moment de douceur :)

    • Répondre
      Lili
      13 août 2018 at 20:59

      je rejoins pleinement Pauline, c’est un délice !

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