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En Martinique : Les Anses d’Arlet et Trois-Îlets, un goût de départ

22 août 2018

Il m’aura fallu du temps, plusieurs mois, même, pour finir le récit de ce voyage en Martinique. Je n’ai pas envie que ce voyage tombe dans le passé, alors je fais comme je peux pour faire durer le plaisir…

Plus le temps passe et plus je me rends compte que ce voyage en Martinique est l’un des plus beaux que j’aie fait. Même si j’essaye de réduire la fréquence de mes vols transatlantiques pour des raisons écologiques, je me demande si j’arriverai à ne pas succomber à la tentation d’un retour là-bas. Ce coin du monde m’interroge tellement et me fascine encore plus depuis que j’y songe à tête reposée. En attendant, j’y repartirai grâce à la fiction.

Sur la route des Anses d’Arlet : le Diamant et le mémorial du Cap 110

À grands regrets, il faut plier bagages à Sainte-Anne pour entamer la dernière étape de ce tour de Martinique. Nous avons l’impression de traverser le poumon économique de l’île, les zones artisanales s’égrènent au milieu des petits complexes touristiques. Malgré la circulation (eh oui, tout le monde n’est pas en vacances !), la route n’est pas désagréable et devient réellement spectaculaire à partir du Cap 110. Ce mémorial à l’esclavage, réalisé par Laurent Valère, trouve pour origine l’échouement d’un navire négrier sur les rivages du Diamant. 86 rescapés (grâce à l’action d’un riverain) et 46 morts, parmi les millions d’autres victimes que compte la traite des esclaves.
Les 15 statues éprouvées par les épreuves font face à la mer. J’ai été profondément touchée par la solennité et la sobriété de l’oeuvre.

Hélas, nous avons croisé un couple de touristes italiens qui eux ne semblaient pas fortement impressionnés par les lieux. Ils se prenaient en photo (type selfie tout sourire ou carrément en prenant des poses humoristiques entre les statues). Mon sang a bouillonné, mais je n’ai pas osé les interpeller. Est-ce que je suis la seule à être choquée, suis-je trop rigide ?

À quelques encablures de là, la Maison du Bagnard, autre lieu historique, mérite le petit détour. Médard Aribot, artiste martiniquais, s’y est installé après avoir passé 13 ans au bagne juste parce qu’il avait réalisé le portrait d’un notable, utilisé au cours d’une insurrection.
Songeurs, nous continuons notre route jusqu’aux Anses d’Arlet. Elle devient carrément sinueuse jusqu’au point de vue aménagé sur le rocher du Diamant, un autre des symboles de l’île. En bon touristes que nous sommes, nous nous arrêtons évidemment quelques minutes pour une photo ou deux.

Les Anses d’Arlet est peut-être l’une des municipalités les plus photographiées de l’île. Et du coup, le cliché est… cliché, mais est pourtant un chouette incontournable. Aux alentours de midi, le village est un peu endormi. Nous suivons les quelques locaux (toujours suivre les locaux à l’heure du déjeuner lorsque l’on cherche à manger, c’est une règle d’or) jusqu’à pousser les portes d’un traiteur d’où nous repartons chargés de bons plats locaux : légumes pays (lentilles, ignames, patates douces, bananes et bien d’autres que je ne connais pas) accompagnés d’un poisson blanc fraîchement pêché. Dégusté sur la plage des Anses d’Arlet, notre plat a encore plus de saveur…
Si elle tombe en pente abrupte, la plage des Anses d’Arlet est aussi l’une des plus jolies que j’aie pu voir en Martinique, grâce au magnifique village en arrière plan. Je vous promets que la couleur de l’eau n’est ni filtrée ni retouchée. Je n’ai jamais vu une eau d’un bleu si profond, même en Martinique, où la barre est déjà assez haute.

L’Anse Dufour et l’Anse Noire : deux plages incroyables

Nous repartons en direction de l’Anse-à-l’Âne, là où notre logement nous attend. Le petit hameau touristique n’a pas grand intérêt, si ce n’est celui d’être fort bien placé pour découvrir les environs. Il nous reste 4 petits jours ici. 4 jours dont nous allons tirer le meilleur parti…

Anse à l’Ane

La visite des deux plages de l’Anse Dufour et de l’Anse Noire, sur la commune des Trois-Îlets, est un autre incontournable de l’île, un de plus ! Nous nous éveillons très tôt pour poser notre serviette à l’Anse Dufour, avec pour objectif de voir l’une des fameuses tortues qui rôdent au retour de pêche.
La mer est plutôt agitée, ce matin, mais la plage est encore déserte. Nous enfilons notre attirail de snorkelling, et c’est parti ! La faune marine y est un peu moins abondante qu’à l’Anse Figuier, l’eau un peu plus fraîche, aussi, mais ça ne nous empêche pas de faire une première plongée d’une heure. Pendant ce temps, le dernier pêcheur encore en mer revient sur le rivage. Nous avons été encore témoin d’un spectacle effarant… Une touriste ne cessait de le prendre en photo en train de travailler, sans lui demander son autorisation. En plus d’être gênante et profondément malpolie, elle le dérangeait dans ses manoeuvres. Heureusement, il ne s’est pas laissé démonter et n’a pas hésité à l’interpeller. Elle ne voyait pas le problème. Bon dieu.

Contrariés, nous retournons dans l’eau pour essayer de voir si une grande tortue ne s’y baladerait pas avant de retourner se coucher. Et là, bingo, je tourne la tête, et elle est à quelques mètres, nageant gracieusement. Quatre secondes de bonheur, où nous restons à bonne distance pour ne pas la harceler (ce qui n’était pas le cas d’autres plongeurs…). Elle est immense (plus d’un mètre d’envergure), élégante, sublime. Nous sommes vraiment émus. Les quelques secondes passent et elle disparait vers le cap, probablement le ventre bien rempli des rebuts de pêche.

Nous finissons la journée en faisant la petite balade jusqu’à l’Anse Noire, à une centaine de marches de l’Anse Dufour. La plage a été pas mal éprouvée par les ouragans et il ne reste plus grand chose de la bande de sable noir foncé. Un petit jus de fruit fraîchement pressé sur le bord de route et une noix de coco en guise de goûter et c’est reparti !

Un rendez-vous manqué avec Fort-de-France

Il fait lourd, très très lourd. Mon métabolisme, passé les 30 ans (si si, je vous jure !), ne supporte plus ce genre de chaleur. Nous décidons quand-même de prendre le bateau depuis l’Anse-à-l’Âne jusqu’à la capitale martiniquaise, Fort-de-France. La croisière est plutôt agréable et rapide, même s’il tombe des cordes en diagonale (ça a le mérite de rafraîchir brièvement l’atmosphère !). Après plus d’une semaine dans des petites localités tranquilles, l’effervescence de Fort-de-France nous fait un choc. Beaucoup de bruit, beaucoup de monde dans les ruelles étroites du centre historique : c’est génial. Nous ne disposons que de quelques heures sur place donc nous nous baladons au hasard des rues et des immeubles. J’ai trouvé Fort-de-France captivante mais difficile d’accès. Je pense qu’il faut s’offrir les services d’un-e guide pour l’aborder et s’en imprégner, ce que nous n’avons pas fait. La prochaine fois…

Les Trois-Îlets, la Maison de la canne et la Savane des Esclaves

J’ai beaucoup aimé le village des Trois-Îlets. Les maisons y sont sublimes, bien que très dégradées, hélas. Encore une fois, il n’y avait pas grand monde, et je ne passais pas inaperçue avec mon imposant matos photo. La Maison de la canne était une autre visite extrêmement intéressante, comme tous les musées que nous avons visités jusque là. Cette fois-ci, contrairement aux rhumeries où l’on ne parle de l’économie de la canne que par le biais agricole et technique, le thème est abordé par le système esclavagiste et le fonctionnement concret d’une habitation sucrière à l’époque. Les bâtiments et les abords paysagés sont très beaux, ce qui ne gâche rien.

Aux Trois-Îlets, il y a aussi la plus fameuse Savane des Esclaves, musée indépendant, créé par le local Gilbert Larose, et non subventionné par les pouvoirs publics (par choix). La traite des esclaves y est abordée sans censure ni compromis. La population autochtone Kalinago est également présentée et sa persécution par les colons n’est pas mise sous le tapis. On découvre également des cases d’esclaves, grâce auxquelles on peut comprendre leur quotidien et leurs us et coutumes. La visite jongle très bien entre l’histoire globale de l’esclavagisme et le quotidien des esclaves locaux. Le tour se termine par le jardin botanique, où bon nombre de plantes médicinales et vivrières sont cultivées. Encore un pan du patrimoine martiniquais préservé par la Savane des Esclaves !

Le temps de partir…

Encore quelques jours qui sont passés à une vitesse folle. C’est la fin de ce beau voyage, choisi par hasard, complètement inattendu, merveilleux et enchanteur. J’ai adoré la Martinique, et c’est pas rien de le dire. Je ne m’y attendais pas, ce qui rend ce voyage encore plus beau.
Après avoir refait toutes les valises, lestées de plusieurs kilos de confiture de mangue et de goyave, de litres de rhum collectés pendant les visites de distillerie, de préparation industrielle de blanc-manger coco et d’autres babioles comestibles, nous repartons en direction de Fort-de-France. Dernier arrêt à la station à essence des Trois-Îlets, où nous faisons ajouter au pompiste le peu de carburant qui nous manque pour faire le plein. Il s’en étonne, nous demandant si c’est normal d’ajouter si peu d’essence, avant de se rendre compte que c’est une voiture de location.

« Oh, vous partez, c’est ça ? Vous rentrez en métropole ? Revenez-nous vite ! »

Émue par ces mots aussi spontanés que gentils, je me le suis promis.

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