Conseils voyages, Etats d'âme

L’écologie, le voyage… et moi

Ça devait arriver tôt ou tard : l’eco-voyage, le voyage éco-responsable, l’écotourisme est à la mode.

Le fait d’utiliser des expressions comme « à la mode » prouve que je ne le suis pas forcément, en revanche. J’ai appris récemment que ma trousse de toilette de toujours est aujourd’hui estampillée « minimaliste ». Je suis rabat-joie, non ? Bref, cette mouvance, ma foi respectable (on ne parle jamais assez d’écologie et de l’impact des voyages sur l’environnement), s’apparente souvent à du greenwashing ou à un argument marketing pas bien poussé. Je voulais en profiter pour poser sur le clavier quelques pensées qui me travaillent de plus en plus…

D’où je viens

Jeune étudiante lyonnaise, lorsque je me suis installée hors du domicile familial, j’ai continué à mettre en pratique le mode de vie que mes parents m’ont inculqué : essayer de réparer plutôt que de jeter, ne pas gâcher, n’acheter que lorsque c’était nécessaire. De toute façon, si j’ai eu la chance inouïe que ces derniers me payent mes études, je ne vivais pas non plus dans l’opulence. Les 2 premières années, je n’avais pas les moyens de manger bio et j’achetais ma nourriture au moins cher. J’avais peu de loisirs, et je ne voyageais pas, ou peu, et toujours en France. J’ai réellement commencé à découvrir l’Europe en 2007, lorsque je me suis installée en couple. Grâce à toutes les économies faites sur le quotidien, mes salaires estivaux me permettaient de voyager à Munich, à Londres ou à Bruxelles. Si j’essayais déjà de prendre le plus possible le train (par confort plus que par conviction écologique), j’allais souvent au moins cher : l’avion. J’ai aussi commencé à retourner acheter mes légumes au marché ou dans des systèmes de paniers fermiers. J’achetais toujours peu, mais mieux !
En 2008, j’ai réalisé mon 1er vol transatlantique pour Montréal (qui coûtait d’ailleurs bien plus cher qu’aujourd’hui !) et d’autres vols pour San Francisco ou Las Vegas au cours de ce même voyage.
Si j’ai toujours été sensible aux causes écologiques, ayant grandi au plus près de la nature, je n’avais toujours pas réellement compris que mon mode de vie avait son importance et qu’il pouvait (voire devait : je suis la reine pour me lancer des injonctions) refléter mes convictions.
Depuis, j’ai fait un vol transatlantique tous les 2 ans, ou plus. Avide de revoir mes amis et de découvrir d’autres contrées américaines… Et je le suis d’ailleurs encore ! Si depuis 2010 j’ai toujours privilégié les voyages en train ou en voiture en Amérique du Nord, ainsi que les voyages longs (pour plusieurs mois), je ne peux pas effacer l’impact de ces 7 vols transatlantiques.
Mais j’ai changé… Petit à petit. Une certaine précarité financière m’a poussé à passer mes derniers étés en France. Ce n’était pas seulement un choix subi : j’adore voyager dans mon pays, et c’étaient les voyages que j’attendais avec le plus d’impatience !
Je me suis rendue compte que ces voyages en France étaient source d’une grande satisfaction : celle de voyager avec un bilan carbone bien moindre.
Je repars vivre au Canada en fin d’année, et j’ai d’ailleurs l’intention de n’y effectuer aucun vol local. Je ne sais pas si je vais y parvenir, mais c’est un objectif qui me tient très à cœur. Je ne supporte plus non plus les écarts à mon mode de vie zéro déchet en voyage : je trouve ça tellement difficile de trouver les astuces pour ne pas créer de déchets… Alors qu’au quotidien, chez moi, le zéro déchet ne m’a demandé aucun effort. Je suis inspirée par mon amie Laure, et même si je ne voyage pas de la même façon qu’elle, je sens qu’elle va faire émerger de nouvelles idées. Personne n’est parfait, moi non plus, mais je suis exigeante, et j’aimerais l’être encore plus lorsqu’il s’agit de l’une de mes passions.

L’hyperconsommation, au quotidien comme en voyage

Si j’admets et comprend tout à fait que tout le monde ne partage pas mes valeurs, je suis de plus en plus écœurée de découvrir les longues listes de « vols à venir » sur les médias sociaux ou blogs de beaucoup « d’influenceurs » voyage. Voyager est toujours une démarche que j’encourage, mais j’aimerais tellement voir moins de consumérisme ! Car j’ai souvent lu que, pour se justifier, des voyageurs se targuaient de ne pas acheter de téléviseur ou le nouvel ITruc pour économiser pour des voyages. Et tant mieux ! Mais il y a comme un déni : le voyage est une forme de consumérisme, aussi. Et il n’est pas plus neutre écologiquement que l’achat d’une paire de chaussures.
J’ai fait une overdose.

Je ne souhaite plus sauter dans un vol Easyjet dès que l’occasion se présente, même si mon dernier voyage à Rome, fin 2015, a été magique.
J’aimerais faire tout en train, tout le temps, mais mes ressources financières ne me permettent pas de voyager aussi souvent que je le voudrais, tant le réseau ferré devient cher. Je me prive souvent, et je suis encore frustrée de ne pas pouvoir retourner facilement en Andalousie ou aller au Portugal ou au Sud de l’Italie en train. Voyager dans ma région me comble… presque entièrement. La nuance est dans le presque.
Quelles solutions, alors ?
J’essaye encore de trouver mon équilibre, celui qui me satisfera, entre mes envies d’ailleurs et mes convictions éthiques. Je me dis de plus en plus que mes vols long-courrier sont comptés : en 8 h de voyage, je fous en l’air une année de zéro déchet, de 95 % de consommation locale et responsable. En résumé, je suis une grosse hypocrite. Je commence à ne plus vivre bien avec ça, et je pense avoir un déclic bientôt… L’avenir me le dira !

 

Photo d’illustration : Vert pâturage de La Clusaz.

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11 Commentaires

  • Envoyer Mitchka 16 avril 2018 at 17:58

    Je pense que ma trousse de toilette est aussi considérée comme « minimaliste » mais cependant ça ne fait pas de moi une bonne ecolo pour autant … trouver un equilibre entre ce qu’on pense/voudrait et ce qu’on fait au quotidien, c’est très difficile. Et quand on a des enfants, c’est très compliqué… je me souviens d’une amie qui me demandait pourquoi je n’utilisais pas de couches lavables, ce à quoi j’avais envie de répondre en pleurant « parce que je suis épuisée et j’ai juste envie de mourir »… mais bien sûr ce n’est pas non plus la réponse qu’on attend d’une mère. Alors, comme pour tout, j’essaye de faire au mieux, au mieux pour moi, pour ma famille, pour la planète… et sans trop culpabiliser parce que la culpabilité c’est trop violent. Pour les voyages, je me retrouve beaucoup dans ce que tu écris. Je sais que j’ai beaucoup consommer mais aujourd’hui j’essaye de voyager local le plus possible tout au long de l’année, et jamais ça ne me semble moins interessant que le voyage à l’etranger que l’on s’offre une fois par an (rythme qui est deja énorme, on est d’accord).

    Je t’avoue que je déteste conduire donc je ne voyage jamais, seule en voiture, je fais tout en train/pied/bus, je me dis que ça compense pour les couches :)

    • Envoyer isa 17 avril 2018 at 08:04

      Un peu comme Laure que j’ai cité dans l’article, je pense que beaucoup de gestes, les premiers, en tout cas, doivent faciliter la vie et la simplifier. Parfois, ils nous paraissent être gros comme des montagnes, et au final le quotidien n’en devient que plus facile (je m’en suis rendue compte pour le zéro déchet, par exemple).
      Après, quand tu as des enfants… Je crois que tu fais comme tu peux, oui. :'(
      La culpabilité c’est violent mais je pense que dans certains cas, ça aide à avancer (tant que ça nous bouffe pas la vie), ça donne des idées et ça tire vers le haut.
      Rien que de reconnaître ces enjeux, ça compense pour les couches, oui :)

  • Envoyer Lili 16 avril 2018 at 20:12

    Réflexion intéressante Isa ! Elle fait écho à une conversation que j’ai eu avec qql dernièrement (je garde son anonymat ^^). Il me demandait pourquoi je n’avais pas de compost chez moi, ça se faisait de plus en plus en appart et ça serait bien. Je lui ai renvoyé que ces nombreux vols d’avion n’allait pas dans le sens de son engagement écologiste. Il m’a répondu en riant qu’il n’allait pas s’empêcher de voyager quand même.
    Comme le dit Mitchka, nous sommes tous tiraillés entre nos envies et aspirations, nos engagements et idéaux. Et tout cela évolue d’années en années… nous grandissons.

    Je ne sais pas si tu es hypocrite, tu es humaine ;)

    • Envoyer isa 17 avril 2018 at 08:01

      Mais Lili voyons, pourquoi n’as-tu pas de compost chez toi ? :p
      En fait, je ne sais pas comment dire, mais je pense que personne n’est parfait, et que tout le monde a des contradictions. Par exemple, quelqu’un qui se revendique écolo et qui mange parfois de la viande (= moi). C’est absurde d’un point de vue écologique (et ne parlons pas d’un point de vue éthique), pourtant, j’essaye de faire au mieux.
      Mais je crois que les vols, c’est justement la catégorie au dessus, ça pollue TELLEMENT, à des niveaux stratosphériques, que tu ne peux pas emmerder quelqu’un parce qu’il ne fait pas le compost et être dans des vols tous les week-ends… C’est absurde.
      Et y’a rien de mieux que la sensation d’évoluer et de grandir :)

  • Envoyer Julie / hors du temps 16 avril 2018 at 20:56

    <3
    Parce que ça fait vraiment plaisir de lire un vrai article sur l'écologie et les voyages. Il y a d'ailleurs quelques temps, je m'étais fait exactement la même réflexion. Je crois que j'avais eu une overdose d'influenceurs qui prêchaient l'écologie (presque en culpabilisant leurs lecteurs parce qu'ils n'achetaient pas bio…!) alors qu'ils prenaient régulièrement des longs couriers. C'était vraiment "insupportable" à lire, et je me suis rendue compte que finalement, je n'étais pas meilleure qu'eux en voulant aller à l'autre bout de l'Europe chaque weekend. Pourquoi j'avais envie de cela ? Est ce que tout ça n'était pas lié au marketing ? Surtout qu'en plus : je déteste courir pour visiter une nouvelle ville, avoir un planning au millimètre est tout sauf "moi". Du coup, je comprends totalement les contradictions que tu évoques (j'ai écrit là-dessus il y a quelques semaines, je le laisse dans le lien même si ça fait un peu personnal branding)
    (et du coup, comme au final tu es consciente de tous ça, ça fait justement pas de toi quelqu'un d'hypocrite ! Surtout que tu essaies de bien faire !)

    • Envoyer isa 17 avril 2018 at 07:59

      Coucou Julie !
      Je n’avais pas vu ton article, c’est maintenant chose faite ! Je l’ai commenté chez toi…
      Nos amis « influenceurs », ça c’est clairement le pire pendant, et eux, finalement, me semblent complètement hypocrites, ou alors sur la mauvaise route. Car tu ne peux pas prêcher le voyage écologique à partir du moment où il y a des vols, et ça je le pense vraiment.
      Mais tu as tout à fait raison, je ne suis pas hypocrite, je suis juste déroutée :D

  • Envoyer Zhu 16 avril 2018 at 23:54

    J’ai une relation… compliquée avec l’écologie. Je vais être honnête : au quotidien, c’est pas ma priorité, je suis davantage préoccupée par les problèmes sociaux. Alors évidemment, tout se rejoint à un moment et je ne m’amuse pas à polluer la planète pour le fun! Si je regarde mes habitudes, c’est pas si mal. Une voiture pour nous deux (très rare ici, où chaque membre de la famille a la sienne), je marche pour me déplacer, on recycle, on cuisine, on n’est pas vraiment de grands consommateurs et on vit dans un petit espace (… pour le Canada) qui nous convient très bien. Mais, je ne mange pas bio du tout, on prend l’avion, Mark a eu des couches jetables et je ne privilégie pas forcément les circuits courts, surtout pas manque d’options abordables. Ah, et puis je fréquente aussi des grandes enseignes, pas toujours les p’tits magasins, aussi au Canada, par manque d’options abordables.

    Quand on voyage, j’essaie toujours de privilégier les petits commerçants et les marchés, surtout quand c’est vraiment important pour l’économie locale. On respecte aussi les endroits dans lesquels on va.

    Mais, je dois avouer que j’ai du mal avec les écolos purs et durs. Je ne me retrouve pas du tout dans ce mode de vie parfois intransigeant (et culpabilisateur).

    • Envoyer isa 17 avril 2018 at 07:53

      Tu as raison de dire qu’ils se rejoignent, et c’est de plus en plus prégnant. Je trouve ça tellement plus difficile au Canada de manger sainement (bio et en circuit court) du fait du climat, évidemment, mais aussi de la rareté des initiatives locales (marchés, fermes maraîchères qui luttent pour survivre…), tout est suremballé… Je me demande comment je vais m’en sortir, en me réinstallant là-bas. Pour moi, l’essentiel c’est d’avoir conscience des enjeux avant tout. Après on peut décider de faire au mieux, ou pas. Mais c’est vraiment le déni dans lequel sont certains qui m’insupporte !
      Je me classe malgré tout dans la catégorie des écolos purs et durs, ce qui ne m’empêche pas de boire du coca de temps en temps… :D

  • Envoyer Béné 17 avril 2018 at 12:23

    Merci Isa <3
    Tu sais évidemment à quel point ton article me parle et me fait du bien !
    Reparle voyages et écologie quand tu veux ;)

    • Envoyer isa 17 avril 2018 at 12:29

      Merci Béné pour ton message qui me fait un peu rougir
      Ooooh j’ai bien l’intention d’aborder de plus en plus le sujet ! :)

  • Envoyer Perrine 9 mai 2018 at 17:28

    Ca me rassure de lire de plus en plus de blogueurs sur le zéro déchet. J’ai été convaincue par le concept lors de la sortie du livre de Bea Johnson avec l’impression de ne pas pouvoir l’appliquer en voyage et en colocation… Je ne sais pas si les initiatives existaient avant ou se sont développées à la suite de son bouquin mais j’ai fait pas mal de recherches sur le sujet et je m’y mets petit à petit. Je trouve cela plus sympa et plus facile que d’organiser du recyclage au quotidien. Et c’est au final bien faisable quel que soit le mode de vie. Merci pour la découverte du blog Lauraki. De mon côté j’hésite à ouvrir un nouveau blog sur le sujet ou créer une rubrique sur mon blog actuel…. Et essayer d’écrire sans culpabiliser les gens ou donner des leçons mais de manière positive. De même si les gens sont parfois intrigués autour de moi, je n’essaie pas de les convaincre, je trouve que ça leur met un peu la pression. Et je suis bien loin d’être parfaite.
    Niveau voyage l’avion est clairement mon point noir même si je ne le prends pas souvent. Là je n’ai pas encore de solution, entre l’idéal et l’envie de partir. J’aime les voyages au long court mais ce n’est pas toujours faisable.

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