Montréal PVT Canada 2020

Histoires expatriées à Montréal – La liberté

15 juin 2020

En repartant vivre à l’étranger, la seule chose que j’espérais vraiment après deux années éprouvantes, c’était de respirer.
Faire une pause, réfléchir à ce que je voudrais faire quand je serais grande, prendre une année ou plus rien que pour moi, à la fois pour profiter de l’instant présent et aussi pour poser les jalons de l’avenir. Je voulais aussi m’offrir la liberté inouie qu’offre un road trip aux États-Unis, un sentiment que j’ai eu la chance de vivre à de nombreuses reprises et dont je ne me lasse pas. J’ai beau être extrêmement critique envers ce pays, rouler au milieu des grands espaces américains est le sentiment le plus grisant libérateur que je connaisse. J’ai passé plus des dix dernières années de ma vie à vouloir le ressentir encore et encore. Je n’ai encore trouvé un autre pays au monde qui puisse m’offrir ça. S’installer au Canada était donc, pour moi, l’opportunité d’être toute proche de ces grands espaces (sans avoir forcément à passer la frontière, d’ailleurs). Regoûter à cette liberté de ne pas savoir où je serai le lendemain et que ça n’ait d’ailleurs aucune espèce d’importance.

Et puis le coronavirus en a vu autrement. Il n’y a pas eu de road trip en Utah, il n’y aura pas de road trip « From sea to sea » non plus. La déception était bien sûr immense, mais finalement, même en détestant le relativisme, il y avait plus grave, et il y a toujours plus grave, d’ailleurs. Il me semble aujourd’hui inimaginable de retourner voyager aux États-Unis dans les années à venir. J’ai déjà d’autres projets en tête pour avancer, forcément.

Je ne vais pas geindre pendant tout cet article car je suis extrêmement privilégiée : d’être jusque-là en bonne santé (je touche du bois), que mes proches soient majoritairement passés à travers aussi, d’avoir perdu mon emploi mais d’avoir droit pendant quelques mois à une aide du gouvernement canadien, d’être dans un tout petit appart mais qui est agréable à vivre… Les malheurs sont un peu contrebalancés. Ce que j’ai du mal à digérer, c’est d’être coincée à Montréal, qui est la ville canadienne et québécoise la plus touchée par la pandémie et dont les chiffres ne sont toujours pas bons, quatre mois après le début d’un confinement relatif. Je pensais moins bien vivre l’enfermement, mais la météo capricieuse de ce « printemps » montréalais a aidé à faire passer la pilule. Je ne me suis pas sentie vraiment enfermée jusqu’à aujourd’hui, où je ne me sens toujours pas prisonnière de cet appartement, mais plutôt prisonnière de Montréal, une ville qui nous a fait bien des misères depuis que nous sommes arrivés.

Et puisque je ne suis pas partie vivre à l’étranger pour avoir l’impression d’être enfermée, nous avons décidé de ne pas rester à Montréal l’année prochaine, un peu le coeur en miettes. Mais j’ai besoin plus que tout de liberté, et c’est pour ça que j’étais partie. Je ne veux pas me sentir prisonnière d’un permis de travail lié à un employeur, du marché immobilier montréalais invivable, d’une ville où la situation sanitaire s’annonce toujours compliquée dans les mois à venir, et pire que tout, je ne veux pas me sentir enfermée par l’idée que « ça ira peut-être mieux en 2021 ». C’est maintenant que j’ai besoin de liberté, c’est maintenant que j’ai besoin de souffler, de réfléchir, de m’enrichir, de découvrir ! Je suis fatiguée, encore plus qu’avant de partir. J’ai l’impression d’être passée à l’essoreuse. Savoir s’écouter et ne pas se raccrocher à quelque chose par principe ou par espérance, c’est aussi ça, la vie d’expat !

Je ne sais pas où je serai dans quelques semaines, car si le COVID nous a appris quelque chose, c’est qu’on ne pouvait vraiment rien prévoir, mais en tout cas, je ne serai plus à Montréal. J’espère que de belles opportunités vont venir à moi dans les semaines à venir et qu’elles vont enfin m’offrir cette liberté chérie.

Cet petit article est publié dans le cadre du rendez-vous mensuel Histoires Expatriées !

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9 Commentaires

  • Répondre
    Jennifer
    15 juin 2020 at 14:41

    Je me retrouve tellement dans ton article, ce sentiment de frustration et ce manque de liberté.
    Comme toi je me suis remise en question sur cette liberté que je veux dans l’immédiat.
    J’espère que tu trouveras ce que tu cherches ! Car on est d’accord qu’un PVT c’est synonyme de liberté et que quand ce n’est plus le cas ça perd un peu de son sens.

    • Répondre
      isa
      15 juin 2020 at 14:49

      Complètement ! Mais c’est difficile de jongler avec le fait de rester raisonnable d’un point de vue sanitaire, aussi (et donc, quoiqu’il en soit, de ne pas pouvoir partir sur la route comme d’habitude, enchaîner les campings, etc)…! C’est la poisse :)

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    Réflexion du jour : La liberté en Irlande - Jen On the Road
    15 juin 2020 at 14:44

    […] Retrouvez ci-dessous les autres articles du mois :– La liberté en Jordanie par Family In Jordan (marraine du mois)– La liberté au Maroc par Agathevisor & Cie– La liberté en Espagne par La vie en mots – La liberté au Canada par Let Us Go […]

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    Nicolas & Agnès
    15 juin 2020 at 19:11

    Merci pour cet article plein de cœur, et nous t’envoyons toute l’énergie que nous pouvons . En Jordanie, beaucoup de choses sont contraintes, et la culture bédouine est pleine d’interdits, et de règles.Et pourtant, quel sentiment de liberté, car les grands espaces sont là, ainsi que le style de vie nomade !! Paradoxe?

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    Le mot du mois: la liberté en Jordanie - Family in Jordan
    15 juin 2020 at 19:13

    […] Isabelle, expat au Canada; […]

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    Juliette Giannesini
    16 juin 2020 at 02:10

    Je crois que le pire en ce moment c’est 1) de se sentir coincé(e)s 2) de n’avoir aucune visibilité sur RIEN. Ta décision me paraît sensée et, croisons les doigts, tu ne vas pas partir « en voleuse », il te reste du temps pour d’autres aventures canadiennes et tout. Bref, tu ne sautes pas dans le prochain avion avec le goût amer d’un coup d’un soir qui a mal tourné :-D

    Comme tu le sais déjà (… ça n’a pas changé depuis la semaine dernière…), j’en ai TRÈS TRÈS marre de la situation. J’ai peur pour notre avenir, le travail, ma santé mentale aussi. Mais, des fois, je me dis que cette incertitude peut peut-être offrir de belles surprises for a change. Je me raccroche à ça, à défaut d’autre chose…

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    Liberté de mouvement | Bored With Borders
    16 juin 2020 at 10:59

    […] Isabelle au Canada […]

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    Coralie
    16 juin 2020 at 17:31

    Je crois que cette pandémie a ouvert les yeux à beaucoup d’entre nous. Qu’est-ce qui est important pour moi ? Quels changements ? Je te souhaite beaucoup de courage pour ta prochaine étape.

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    3 kleine grenouilles
    19 juin 2020 at 11:13

    Bonne chance et bon courage pour la prochaine destination ! J’espère que tu trouveras un endroit qui te plaira. A bientôt ! Catherine

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