États-Unis Montréal

Promenade dans mes cimetières américains préférés : voyages taphophiles

24 avril 2020

Depuis que je voyage seule, en France ou ailleurs, je ne quitte jamais une ville ou un village sans être passée par son cimetière. Pour certains, c’est les églises ou les bars, moi, c’est les cimetières !

Je suis souvent regardée de travers lorsque je dis ça, les cimetières étant vraisemblablement considérés comme des lieux morbides et déprimants… Au contraire ! Je trouve qu’il n’y a rien de plus enrichissant qu’une visite de cimetière, pour comprendre l’histoire de la ville, à l’échelle locale et à l’échelle internationale. Je suis toujours émue lorsque je vois des vieilles pierres tombales (et je cherche d’ailleurs toujours la plus ancienne) et je me demande quelle vie a bien pu avoir la personne enterrée, quel était le contexte dans lequel elle vivait… Mon imagination est peut-être (trop) fertile mais pour moi, visiter un cimetière, c’est s’offrir une vraie immersion dans le passé.

J’ai déjà reçu une critique qui m’avait interpellée : « Se promener dans un lieu aussi intime qu’un cimetière, le voir comme une attraction touristique, c’est un manque de respect ! ». Je ne le pense vraiment pas, alors même que j’y prends souvent des photos. Je trouve ça au contraire émouvant de passer à travers les rangées de personnes décédées depuis parfois plusieurs siècles, de lire leur nom et de penser à eux, tout simplement. Là où je rejoins cette critique, c’est lorsque des groupes de tour operator déboulent dans les cimetières : trente personnes bruyantes et qui touchent tout… Ca me crispe. Je ne suis pas croyante ni de près ni de loin (ni avec une loupe ni un téléscope), mais je suis très mal à l’aise lorsque le silence de ces lieux est perturbé.

Alors en cette période de confinement, où il n’y a pas grand chose d’autre à faire que de sortir des vieilles photos, j’ai eu envie de me remémorer des cimetières qui m’ont marquée, au fur et à mesure de mes voyages ! À noter que j’en ai oublié un paquet (c’est à ça que me servent les photos, surtout…). Merci à Audrey, blogueuse d’Arpenter le chemin et également taphophile, qui m’a inspiré pour l’écriture de cet article ce matin. J’avais initialement pensé faire un article sur tous mes cimetières préférés, mais je me rends compte qu’il serait beaucoup trop long, alors j’oriente ce premier article uniquement sur les cimetières nord-américains !

Les cimetières américains : aussi immenses qu’intimes

Ma première introduction au cimetière américain est probablement lorsque j’avais 10 ans et que je lisais Simetierre de Stephen King. J’en conviens, ce cimetière-là est un peu particulier, et je n’aimerais pas tant que ça le visiter ! Aux États-Unis, l’imaginaire des cimetières indiens maléfiques est bien implantée (est-ce que c’est pas un peu raciste, d’ailleurs ?), idem pour les cimetières brumeux vaudous du Sud (ça aussi, c’est pas un peu raciste ?).
On voit les cimetières américains dans de nombreuses fictions, ils sont tantôt de longues étendues d’herbes plantées de tombes identiques et impersonnelles, tantôt hantés et couverts de mousse espagnole… En ce qui me concerne, c’est la série Six Feet Under qui me faisait rêver. Les cimetières californiens avaient l’air immenses, paisibles… Lors de mon premier voyage aux États-Unis (ou plutôt Bushland, à l’époque), mes premières étapes ont été sans surprise… Des cimetières !

Le cimetière militaire du Presidio, à San Francisco (et son Pet Cemetery), Californie

Le cimetière du Presidio n’est pas époustouflant, mais il est situé dans un cadre exceptionnel, bordant la porte d’or de San Francisco… Et sur la pointe des pieds, on peut même voir le Golden Gate bridge. C’est un cimetière militaire ; et c’est d’ailleurs là où cette pensée m’a frappé pour la première fois : il y a tellement de cimetières militaires, aux États-Unis. Pour un pays en guerre depuis sa fondation, ce n’est pas bien étonnant… Je vous le présente car c’était tout simplement mon premier cimetière américain, et ça, c’est un souvenir précieux, pour moi !


L’originalité du cimetière du Presidio, c’est qu’il a un cimetière « jumeau » en contrebas, un authentique Pet Cemetery où étaient enterrés les chiens de familles militaires. Situé sous la bretelle d’autoroute menant au Golden Gate bridge, il n’est pas évident à trouver mais il vaut le détour tout de même !

Le cimetière de Mount Desert à Bar Harbor, Maine

Datant d’avant 1790, celui-ci est typique de l’idée que je me faisais des cimetières mystérieux de la Nouvelle-Angleterre ! Certaines pierres tombales sont érodées, d’autres sont attribués à des marins échoués ici… Le cimetière est tout petit et coincé entre deux églises mais on peut y passer une heure sans problème !

Le cimetière Laurel Grove à Savannah, Georgie

Dans le Sud, la ségrégation, c’est même dans la mort. Le cimetière de Laurel Grove a la particularité d’avoir deux parties (et deux entrées bien distinctes), l’une pour les noirs, l’autre pour les blancs. Il est situé dans un quartier défavorisé de Savannah, un quartier noir, évidemment. Quand on se promène à Savannah, on voit bien que les personnes sans-abris sont noires et que les jardiniers de magnifiques demeures historiques sont noirs. Les blancs ? Ils sont patrons des restos touristiques !
J’ai été mal à l’aise, à Savannah, qui est pourtant une ville magnifique bien qu’un peu endormie. La ville est restée coincée dans le passé… Un passé bien peu reluisant.

Oui, vous avez bien vu, c’est un drapeau confédéré. Le cimetière blanc en était jonché. La gravure dit « Erected by the Savannah Rifle Association ».

Les cimetières de Saint-Louis (numéro 1 et 2) à la Nouvelle-Orléans, Louisiane

Les cimetières sont une attraction touristique très populaire, à la Nouvelle-Orléans. J’avais un peu d’appréhension à aller les visiter, surtout celui (le cimetière numéro 1) où repose Marie Laveau, grande prêtresse vaudou, qui est pris d’assaut par les touristes et victime de dégradations. Depuis 2015, il est même fermé au public non-accompagné de guides.
J’ai été choquée par la dégradation de ces cimetières, à cause d’actes de malveillance et des catastrophes climatiques. Ce qui m’a le plus énervée, cependant, c’est certaines tombes jonchées de déchets… :(
Les cimetières de la Nouvelle-Orléans ne sont donc pas les plus beaux ni les mieux restaurés, mais ils sont émouvants. Quelle étrangeté de lire autant de pierres gravées en français, témoignages de la Louisiane créole, aujourd’hui en voie d’extinction.
En plein centre-ville, entouré de gratte-ciels, les cimetières de la Nouvelle-Orléans sont étouffants. Les morts ne sont pas enterrés mais reposent dans des mausolées. Les petites ruelles du cimetière sont étroites et n’offrent aucune perspective. Cette visite moite sous un ciel orageux prêt à exploser était sans doute une visite taphophile mémorable.

« Omnia Ab Uno », la pyramide de Nicolas Cage qui n’attend apparemment qu’à être enterré ici. Elle dénote et m’a paru complètement mégalo et déplacée dans ce cimetière intime.

Détour bonus à la Nouvelle-Orléans : le cimetière Lafayette

Dans le quartier chic du Garden District, le cimetière Lafayette est vraiment différent. Arboré, vert, cossu, plus anglais, aussi.

Je n’ai encore jamais visité de cimetière native american, historique ou moderne, aux États-Unis, cela explique pourquoi il n’y en a pas dans cette liste. Ce n’est pas une volonté de ma part de ne parler que de la vie… et de la mort… des colons.

Détour au Canada : les cimetières du Mont-Royal, Montréal, Québec

Le parc du Mont-Royal est un incontournable pour tous les touristes qui parcourent Montréal. Cependant, je n’en ai jamais vu se perdre dans les immenses cimetières du Mont-Royal. On a l’impression d’être dans une ville miniature au coeur d’une ville immense ; le cimetière est multi-confessionnel et multi-culturel. Enfin… Il est officiellement séparé en plusieurs cimetières, le cimetière Notre-Dame-des-Neiges (traditionnellement catholique et francophone) et le cimetière Mont-Royal (traditionnellement protestant et anglophone). En se promenant, on ne voit pas de frontières entre les « quartiers des défunts » : cimetière juif, cimetière coréen, cimetière français, tout est mêlé et on se promène à travers le monde et le temps. Le cimetière s’apparente à un parc, avec une multitude d’allées, d’essences d’arbres différentes… Un incontournable pour se plonger dans l’histoire de Montréal.

 

1 commentaire

  • Répondre
    Audrey
    19 mai 2020 at 18:28

    Mais je m’aperçois que je ne t’avais jamais laissé de commentaire malgré ces superbes visites ! Je trouve aussi qu’à partir du moment qu’on visite ces cimetières avec retenue et respect (visite silencieuse, pas de pause Instagram à la con entre les tombes et surtout pas de safari photo en présence d’habitants), ce sont des lieux de mémoire fort émouvants. Trouver des tombes vieilles de plusieurs siècles a le don de m’émouvoir et je reste souvent en larmes… Mais c’est aussi un des avantages de ces lieux, c’est qu’on peut fondre en larmes et personne ne s’en étonne ! Je préfère les cimetières arborés et verdoyants (d’ailleurs quand tu repasseras dans le Maine… celui de Bangor est fabuleux, tout en tombes enchevêtrées en pentes sous des arbres) mais celui aux caveaux en briques que tu présentes à la Nouvelle-Orléans a son atmosphère bien à lui.

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