France, Martinique

En Martinique : sur la route de la Trace

Si j’avais pu avoir une conversation avec la Isa d’il y a dix ans, elle aurait été fortement étonnée que je choisisse d’aller dans les Caraïbes. 

Premiers pas en terre inconnue (de moi)

Je n’ai jamais vraiment été attirée par les Antilles. Heureusement, il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, et j’ai hâte que la Isa de 2027 m’interroge à son tour sur toutes les conneries que j’ai pu dire dans cette décennie à venir… Contrairement à tous mes autres voyages dont l’idée a été nourrie par des romans lus pendant mon enfance, je n’avais pas vraiment de lien émotionnel avec les Caraïbes. Je me souviens avoir été captivée, en classe, par les récits historiques de l’éruption de 1902 de la Montagne Pelée. Et c’est à peu près tout. Pourtant, l’envie d’aller passer nos vacances annuelles au soleil, en plein hiver, a été de plus en plus vive au cours de l’automne. Mais où ? En Europe, il fait trop froid. Je n’ai toujours pas envie d’aller en Asie du Sud-est. L’Australie ? Trop loin ! Pourquoi pas le Mexique ? Trop cher. Cuba ? Idem. Et pourquoi pas la Martinique, après tout ? Pas besoin de refaire nos passeports, les vols sont au prix juste pour notre petit budget, l’île a l’air sublime et extrêmement riche culturellement. Des soldes sur Air France, et c’est parti… Je crois que des fois, il ne faut pas trop tergiverser, mais sauter le pas.

Mois après mois, après de multiples lectures de blogs et de guides de voyage, l’anticipation et l’impatience de découvrir ce coin du globe était de plus en plus vive. Même une pneumonie tombée seulement une paire de semaines avant de partir ne m’arrêtera pas : maintenant que je l’ai rêvée, je la veux, la Martinique !
Aussitôt sortie du hall climatisé de l’aéroport de Fort-de-France, la chaleur s’abat sur moi, et c’est une sensation fantastique. J’enlève rapidement toutes mes couches de vêtement superflues… tout en entendant tournoyer les moustiques perfides autour de moi.
Nous entrons tout de suite dans le bain en prenant la route pour notre premier logement, situé non loin de l’agglomération, sur la commune de Schœlcher. Première remarque : il n’est pas aisé de conduire sous la pluie, dans la nuit noire (obscure et sombre), et il faut être d’autant plus vigilant que des malades en voiture de sport doivent être au double de la limite de vitesse autorisée, en slalomant sur la voie rapide.

Jacques et Corinne, nos hôtes de la Villa Eden Rock, nous accueillent avec une grande gentillesse, mais, hélas, nous ne nous attardons pas, impatients de nous coucher. Nous sommes prévenus : la règle d’or est ne pas laisser traîner de nourriture pour ne pas attirer les cafards ! Je m’endors au bout de 10 minutes, bercée par le son pourtant strident des minuscules grenouilles locales qui brisent la quiétude de la nuit. C’est une sensation que j’adore. Sentir toutes ces nouvelles odeurs que je connais pas, entendre des bruits jamais entendus auparavant, essayer de reconnaître des plantes inconnues.

Sur la route de la Trace : émerveillements dans la forêt tropicale

Je ne suis peut-être pas très maligne, mais en parcourant différents blogs, je n’avais pas franchement compris quelles étaient les délimitations de la route de la Trace… Bin je crois tout simplement qu’il s’agit du surnom de la N3, de Fort-de-France jusqu’au Morne Rouge. Il y a une multitude de sites à visiter le long de la route de la Trace, on pourrait sans aucun doute y passer deux jours plein en faisant des sauts de puce. Mais nous étions trop impatients de découvrir Saint-Pierre… C’est donc LE grand classique martiniquais que nous allons visiter : le Jardin de Balata ! Où que je sois dans le monde, il m’est impossible de résister à l’attrait des jardins botaniques. Je commence d’ailleurs à avoir un beau palmarès de jardins botaniques… Et je n’ai pas forcément trouvé le jardin de Balata à la hauteur de son prix d’entrée (13,5 euros, quand-même). Bien sûr, il est extrêmement bien entretenu, il est très beau, et plutôt vaste. Il y a même un parcours ludique dans les arbres mais… il manquait quelque chose. Sans doute un jardin créole, peut-être ? Ou plus de contextualisation ? Ou plus de signalétique ?
Je pense qu’il est aussi plus attrayant lorsque le jardin est en fleurs, en pleine saison.

Pour ne pas rester sur cette (petite) déception, on décide de virer de bord et de faire quelque chose de radicalement différent : aller visiter un autre jardin botanique. Le Domaine d’Émeraude n’est pas un jardin privé : c’est un Parc Naturel Régional. Nous nous acquittons des 6 euros de droit d’entrée, mangeons un petit sandwich proposé en arrière-boutique et c’est parti pour une balade censée durer 15 minutes. Elle durera une heure. Le sentier pavé est tellement glissant que nous marchons avec une grande prudence (ni l’un ni l’autre n’avons participé à Holiday On Ice, donc y’a pas le choix). Le paysage est néanmoins superbe, et nous pénétrons peu à peu dans la forêt tropicale dense. Une averse orageuse arrête subitement notre progression et c’est sous un immense arbre que nous nous réfugions pendant une bonne 1/2 h (les k-ways oubliés dans la voiture, sinon c’était pas marrant). Nous sommes les seuls visiteurs et nous nous sentons seuls au monde. Magique !
Le musée qui clôt la visite est intéressant, mais il l’est sûrement bien plus pour les enfants, qui découvriront la géologie, la faune et la flore de l’île. J’ai adoré le domaine d’Émeraude et aurait aimé y consacrer beaucoup plus de temps, notamment pour visiter en profondeur ses serres.

La route de la Trace est sublime, magnifique, magique. Chaque tournant offre un nouvel aperçu de la forêt tropicale et de superbes perspectives. Bien sûr, étant très (très) craintive en voiture, je n’étais pas forcément rassurée par l’étroitesse de la route, les virages en épingle et les montées abruptes. Je découvrirai pourtant, quelques jours plus tard, que la route de la Trace est l’une des routes les plus faciles du Nord de la Martinique…
Contrairement aux intentions que l’on m’a prêté sur Twitter, je ne préconise pas seulement de construire une autoroute longiligne au centre-Martinique pour améliorer les infrastructures martiniquaises. J’irais plus loin ! Je pense que l’on devrait carrément raser la Pelée et toutes les petites montagnes un peu chiantes. Et on pourrait même planter des tulipes, tiens.

La première journée est passée à une vitesse folle, il est temps de reprendre le chemin de Saint-Pierre, l’étape que j’attendais le plus, sans aucun doute. Les communes s’égrainent le long de la route, mais la Montagne Pelée reste toujours soigneusement cachée derrière un épais manteau de nuages. Est-ce que nous aurons le bonheur d’en voir le sommet pendant les 4 jours à venir ? C’est pas si sûr…

En pratique :

  • Il n’est vraiment pas facile de trouver un hôtel qui ne soit pas hors-de-prix, à Fort-de-France. Nous avons donc opté pour un logement en périphérie, je recommande chaudement la Villa Eden Rock, à la fois pour la qualité du logement, pour le bon p’tit déj, mais surtout pour l’accueil incroyable de nos hôtes. Corinne est géographe et pourrait parler pendant des heures de Saint-Pierre, alors que Jacques est un artiste tout aussi passionné par son île. Leur amour de la Martinique est contagieux, et il n’y a pas meilleur endroit pour commencer son périple sur l’île ! Et en plus de ça, ils ont beaucoup d’humour et le chien de la maison est un sacré numéro… On s’est sentis comme à la maison !
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8 Commentaires

  • Envoyer Pauline 5 janvier 2018 at 15:44

    Ça fait du bien de voir toute cette belle verdure en plein cœur de l’hiver (#natureaddict) ! J’avoue, comme toi je n’ai jamais été très attirée par les Antilles, mais j’ai comme l’impression que ta série d’articles va me faire changer d’avis …

    • Envoyer isa 5 janvier 2018 at 15:49

      Ça voudrait dire que je suis une grande influenceuse, finalement !!! :-D
      3 semaines après mon retour, j’ai encore des étoiles plein les yeux…

  • Envoyer Mitchka 5 janvier 2018 at 16:37

    bon je vais attendre que la montagne soit rasée pour y aller, parce que je suis pas trop montagne ^^

    j’adore la photo de l’oiseau, elle est trop douce … et je vois que tu as décidé de prendre le temps pour raconter ce voyage : j’aime ça !! j’aime les récits par les détails!

    • Envoyer isa 9 janvier 2018 at 09:38

      Tu préfères qu’on plante des tulipes ou des bégonias ?

  • Envoyer Emilie 8 janvier 2018 at 14:42

    Belles photos qui donnent envie :)

    • Envoyer isa 9 janvier 2018 at 09:37

      Merci Emilie ! J’espère que la suite du récit te donnera encore plus envie :)

  • Envoyer Itinera Magica 10 janvier 2018 at 07:33

    Aaah j’y pars demain et je commence déjà à saliver en lisant tes récits ! encore !

  • Envoyer Itinera Magica 18 février 2018 at 07:53

    Je reviens ici après la Martinique et relis avec un autre oeil <3 Je n'ai pas été déçue par Balata, je suis désolée de lire que ça n'a pas été totalement ta tasse de thé, mais je n'ai pas vu le Domaine de l'Emeraude, tu me tentes beaucoup !
    Ah non hein on rase pas les petits mornes ;) désolée qu'il y ait parfois des couillons sur Twitter !

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